Publié le Mercredi 29 avril 2026 à 10h00.

La tentative d'assassinat contre Trump pourrait mettre la gauche en danger

Une tentative d’attentat contre Donald Trump, menée par un individu isolé, relance une question stratégique pour la gauche : comment se positionner face à des actes de violence politique qui, loin d’affaiblir le pouvoir, risquent surtout de légitimer la répression et de fragiliser les mouvements sociaux. L’analyse de notre correspondant aux État-Unis, Dan La Botz.

Cole Tomas Allen, un homme de 31 ans originaire de Torrance, en Californie, a franchi un poste de contrôle des services secrets dans le but d'attaquer Donald Trump, des membres de son cabinet et les dirigeantEs du Congrès, tous réunis pour le dîner des correspondants de presse de la Maison Blanche le 26 avril à l'hôtel Hilton de Washington, D.C. Les agents ont réussi à l'arrêter avant qu'il n'entre dans la salle où le dîner était servi. Allen était armé d’un pistolet, d’un fusil de chasse et de couteaux.

Un libéral enragé plutôt qu’un gauchiste

Allen est diplômé d’un baccalauréat en ingénierie du California Institute of Technology et d’une maîtrise en informatique de la California State University ; il travaillait comme assistant. Max Harris, un lycéen qui avait suivi des cours particuliers avec Allen, le décrit comme un « type tout à fait ordinaire ». L'organisme de soutien scolaire pour lequel il travaillait l'avait nommé « enseignant du mois » et avait souligné à quel point il était « gentil ».

Dans des notes envoyées à ses amis et à sa famille peu avant sa tentative d'attentat, Allen a écrit : « Je suis un citoyen des États-Unis d'Amérique. Ce que font mes représentantEs rejaillit sur moi. Et je ne suis plus disposé à laisser un pédophile, un violeur et un traître souiller mes mains de ses crimes. » Allen, se décrivant comme une « personne mi-noire, mi-blanche », a exprimé son opposition à la politique d’immigration et à la politique étrangère de Trump. Apparemment motivé par sa propre foi chrétienne, Allen a exprimé son mépris pour l’hypocrisie de ceux qui mènent de telles politiques au nom du christianisme.

Cole semble avoir été un libéral enragé plutôt qu’un gauchiste. Lors de l’élection présidentielle de 2024, il a fait un don de 25 dollars à un comité d’action politique du Parti démocrate soutenant Kamala Harris, selon les registres fédéraux de financement de campagne. Il appartenait également à un réseau militant local appelé The Wide Awakes, tirant son nom d’un groupe abolitionniste de 1860. Allen aurait également participé à une manifestation « No Kings » contre l’administration Trump. Pourtant, sa tentative pourrait causer des problèmes aux groupes socialistes et anarchistes, étant donné que Trump qualifie régulièrement ses adversaires de « gauchistes lunatiques ».

L’organisation collective plutôt que la violence individuelle

Nous, membres de la gauche marxiste et socialiste démocratique, nous nous opposons aux actes individuels de violence et de terrorisme. Nous œuvrons à l’organisation de mouvements sociaux progressistes contre le racisme et le sexisme, et à la construction d’organisations de la classe ouvrière pour lutter en faveur d’une vie meilleure pour tous. Nous savons, par l’histoire et par notre propre expérience, que lorsque nous construisons des mouvements sociaux puissants qui menacent les pouvoirs en place, nous pouvons être confrontéEs à une répression violente et devoir nous défendre. Si, lors d’une élection, nous remportions un jour la majorité et menaçions de prendre le pouvoir, nous pourrions devoir nous battre pour défendre notre victoire.

Quand quelqu’un comme Allen décide de recourir à la violence pour tuer le groupe dirigeant du pays, cette poignée de personnes qui opprime et exploite tant de gens, qui s’engage dans des guerres à l’étranger coûtant la vie à des dizaines de milliers de personnes, et qui, par ses politiques économiques, menace notre environnement et notre climat, nous comprenons ce qu’il ressent. Mais de tels actes de violence individuels – qui font souvent du mal à des innocentEs – ne peuvent pas changer le système et risquent de provoquer une répression contre nous tous qui travaillons à construire un monde meilleur.

L’exemple le plus célèbre de l’histoire des États-Unis est la « Red Scare » (peur rouge) des années 1920, qui, dans le contexte de la révolution russe, a utilisé l’envoi par des anarchistes de 36 bombes à des hommes d’affaires et des politiciens en avril et mai 1919. En réponse, le ministre de la Justice A. Mitchell Palmer a lancé une série de raids en 1919 et au début de 1920, arrêtant des milliers de personnes soupçonnées d’être communistes, socialistes et anarchistes. Ces raids visaient particulièrement les immigrants d’Europe de l’Est et d’Italie. Des milliers de personnes ont été arrêtées et des centaines expulsées, souvent détenues sans mandat ni assistance juridique. Le mouvement anarchiste a été écrasé.

Les socialistes n’ont pas besoin d’actions violentes individuelles ; nous devons construire des mouvements de masse par la base.

Dan La Botz