Publié le Mercredi 8 avril 2026 à 18h00.

Quel front anti-impérialiste ?

La journée de la terre, le 28 mars, a été l’occasion de la convergence de nombreux cortèges refusant la vague d’agressions impérialistes. En région parisienne, elle a été marquée par la présence de nombreux cortèges opposés aux interventions étatsuniennes, dont un cortège en soutien au régime iranien. La proximité de ce cortège avec le gouvernement et sa politique répressive a suscité d’importantes tensions et des violences, lors desquelles nous condamnons les gestes islamophobes. Pour notre part, nous étions à distance des événements, ayant manifesté avec le cortège d’Urgence Palestine.

Face à l’impérialisme et à ses guerres, l’unité internationaliste est essentielle à nos luttes, et nous savons qu’elle ne peut se produire que par la convergence de forces qui n’ont pas toutes les mêmes orientations.

Solidarité internationaliste avec les peuples

En ce qui nous concerne, que des drapeaux libanais ou iraniens soient présents dans les manifestations n’est pas un problème alors que ces pays sont sous les bombes israélo-­étatsuniennes. Il n’en va pas de même avec ceux qui soutiennent le régime iranien actuel.

Le régime iranien a apporté un soutien financier à des organisations de la résistance palestinienne, mais cela n’en fait pas un allié. Parce qu’il est en même temps l’agent d’une déstabilisation de long terme au Moyen-Orient. Parce qu’il charrie un antijudaïsme et même un antisémitisme crasse que nous combattons à la fois pour lui-même et parce qu’il empoisonne la solidarité internationaliste. Parce qu’il s’agit d’un régime autoritaire qui écrase la population et agit sur le plan économique en faveur d’une oligarchie en appliquant des politiques néolibérales ennemies des travailleurEs, après avoir dès sa fondation confisqué un ­soulèvement populaire et socialiste.

Un front ne peut pas se constituer sur la seule désignation d’un ennemi commun, avec des ennemis politiques. Le NPA-A est aussi le parti qui s’inscrit dans un héritage tout à la fois trotskiste et libertaire, qui porte un regard critique sur la répression de Kronstadt : comment pourrions-nous passer sous silence l’oppression qu’un régime réactionnaire exerce sur des mouvements militants qui incarnent les aspirations à l’émancipation que nous partageons et qu’il exerce sur les minorités nationales (comme les Kurdes) ?

Une critique anti-autoritaire et non islamophobe du régime iranien

Ce n’est pas parce qu’il se revendique islamique que nous critiquons le régime iranien, c’est parce qu’il est autoritaire et réactionnaire.

Face à l’islamophobie occidentale qui fait de l’islam une altérité dangereuse, revendiquer l’islamité comporte une dimension de ­résistance anticoloniale ou décoloniale.

Nous n’ignorons ni la diversité des histoires ni des traditions culturelles, ni la place qu’a joué l’Islam dans les indépendances face à l’impérialisme occidental ou celle que la criminalisation de l’Islam joue en France dans l’ordre racial.

Nous ne nous opposons pas à l’Islam et nous soutenons en France le droit réel à la visibilité musulmane, et partout l’auto-détermination religieuse.

Ce n’est donc pas parce qu’il ne répond pas aux critères de la « laïcité à la française » que nous ne soutenons pas le régime iranien.

Justifier l’agression impérialiste contre l’Iran par le caractère islamique du régime iranien est islamophobe.

Il nous appartient de parvenir à visibiliser cette complexité. Refusons l’instrumentalisation de l’Islam contre les peuples d’Iran, contre les femmes et les minoriséEs de genre, contre les socialistes et les communistes.

Commission nationale anti-raciste