Publié le Vendredi 12 juin 2026 à 14h00.

À Coudrecieux, sortir de l’oubli un camp d’internement des voyageurEs

Le 31 mai, près de 140 personnes se sont rassemblées à Coudrecieux, dans la Sarthe, pour demander le classement d’un ancien camp d’internement de voyageurEs. Une mobilisation pour faire vivre la mémoire de cette persécution longtemps occultée et dénoncer les discriminations qui perdurent aujourd’hui.

Peu d’habitantEs de la Sarthe connaissent l’existence d’un ancien camp d’internement des voyageurEs dans la commune de Coudrecieux, à 40 minutes de route à l’est du Mans. Pourtant, plus de 400 Roms, Sinti, Yéniches, Manouches et Gitans ont été internéEs de 1940 à 1942 dans la verrerie désaffectée, attenante au domaine du château de La Pierre, avant d’être transféréEs au camp de Mulsanne, où étaient aussi détenuEs des JuifVEs.

 

Classer le lieu, reconnaître le génocide

De l’ancienne verrerie, restent aujourd’hui des bâtiments en ruine, gagnés par la végétation. Mais quand on s’en approche, on peut y découvrir des fresques et des graffitis réalisés par les internéEs, adultes comme enfants, témoignage ô combien important de cette histoire volontairement laissée à l’oubli par les propriétaires du domaine. Ces traces sont uniques car il ne subsiste souvent pas grand-chose des anciens camps qui, pour beaucoup, ont été détruits et sur les vestiges desquels des zones industrielles ou des ­supermarchés ont été construits.

Le 31 mai, à l’appel du collectif ZOR avec Ritchie Thibault, de l’association des Gitans, Roms, Manouches, Sinti, Yéniches et voyageurEs et de l’association France Liberté Voyage, près de 140 personnes se sont réunies pour revendiquer le classement du site, afin qu’il puisse être un lieu de mémoire et de recueillement, mais aussi une réelle reconnaissance du génocide perpétré lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette date du 31 mai n’a pas été choisie par hasard : le dernier camp d’internement, situé près d’Angoulême, a été fermé le 1er juin 1946. Cela souligne la responsabilité et la complicité de l’État français qui a volontairement maintenu en détention ces populations pendant cette année supplémentaire. Un an après les commémorations en grandes pompes des 80 ans de l’armistice, c’était donc l’occasion de commémorer les 80 ans de la fermeture de ce dernier camp.

Lors du rassemblement, Madeleine, 89 ans, interrogée par ses deux petites-filles, a témoigné de ses souvenirs au sein du camp, dans lequel elle a été internée à l’âge de 4 ans avec sa famille. D’autres descendantEs de nomades internéEs ont aussi apporté leur témoignage et relaté les souvenirs qui leur ont été transmis par leurs grands-­parents, grands-oncles ou tantes. Des souvenirs de privation de droits et de nourriture, de survie et de mort.

 

Des discriminations qui subsistent

Au-delà de ces récits, il a aussi été question des discriminations qui subsistent aujourd’hui et des revendications qui en découlent. Si les livrets de circulation ont disparu en 2017, les droits des citoyenNEs voyageurEs ne sont, dans la pratique, toujours pas les mêmes que ceux des autres citoyenNEs. Les aires qui leur sont mises à disposition par les communes, quand celles-ci respectent leurs obligations, sont souvent dans des endroits à la limite de la salubrité, proches des déchèteries ou d’autres nuisances. Les installations sanitaires y sont régulièrement insuffisantes. L’accès aux soins peut être rendu difficile. Sans parler des interdictions qui sont portées à l’installation des caravanes sur des terrains que certainEs ont achetés.

C’est la mise en application d’une idéologie fasciste qui a permis l’internement et la déportation des voyageurEs pendant la Seconde Guerre mondiale. Le RN a récemment été à l’initiative de projets de loi visant à faciliter leurs expulsions des communes ou le contournement des règles obligeant la mise à disposition d’aires. Soutenir les revendications des voyageurEs est donc d’autant plus important dans le contexte actuel de progression du vote RN.