Publié le Vendredi 16 janvier 2026 à 14h00.

Accord UE-Mercosur, le profit avant tout

L’accord UE-Mercosur organise l’ouverture des marchés au bénéfice des grands groupes industriels, au prix de lourdes conséquences sociales, agricoles et environnementales, en Europe comme en Amérique du Sud.

Négocié depuis vingt-cinq ans, l’accord de libre-échange vise à intensifier les relations commerciales entre l’Union européenne (UE) et les pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela jusqu’en 2027, Bolivie depuis 2023), ainsi que les pays associés (Chili, Colombie, Équateur, Guyana, Pérou et Surinam). Il concerne près de 800 millions de personnes et plus de 80 % du PIB sud-américain. Malgré des volets consacrés aux migrations, au numérique, à la recherche ou à l’environnement, l’accord profitera surtout aux grands industriels européens, soucieux de s’ouvrir davantage au marché sud-américain, au prix d’une aggravation de la déforestation, des émissions de gaz à effet de serre et de la fragilisation des filières agricoles.

Libre-échange… pour les marchandises

Pour la Commission européenne, la réduction des barrières tarifaires ouvrirait l’accès à des marchés en croissance et aux marchés publics du Mercosur : environ 91 % des biens exportés par les entreprises européennes seraient exemptés de droits de douane. En contrepartie, l’UE supprimerait des droits équivalents sur les importations.

Les entreprises européennes pourraient ainsi exporter davantage de voitures, de machines, de spiritueux, de produits pharmaceutiques, de textiles et de services. Les pays du Mercosur augmenteraient leurs exportations agricoles et alimentaires vers l’UE. CertainEs parlent d’un accord « viandes contre voitures ». Les métaux stratégiques — nickel, cuivre, titane — font également partie de l’entente.

Zéro pour l’environnement

L’augmentation de l’élevage bovin dans les pays du Mercosur entraînera probablement une hausse de la déforestation. Dès 2020, Stéphane Ambec, directeur de recherches à l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement), alertait sur ce risque. Son rapport soulignait aussi l’absence d’exigences contraignantes sur les modes de production, le bien-être animal et l’usage des produits phytosanitaires.

L’opposition du monde agricole

Malgré les quotas d’importation (99 000 tonnes de bœuf par an, 60 000 tonnes de riz, 180 000 tonnes de volailles, etc.) et les 357 zones géographiques protégées en Europe (IGP), dont 33 en France, la colère du monde agricole s’amplifie. La hausse des importations pèsera sur les prix et aggravera les difficultés des agriculteurEs à vivre de leur travail. Les écarts de normes sanitaires et de coûts de production accentuent encore une concurrence faussée. Et « l’acte juridique » obtenu par la France n’offre aucune garantie : comment contrôler la qualité sanitaire des produits (pesticides interdits en Europe) qui arriveront dans les ports avant leur mise sur le marché ?

Toustes ensemble !

En scindant le texte, la Commission permet la ratification du pilier commercial sans unanimité, par une majorité de 55 % des États (soit 15 sur 27, représentant 65 % de la population de l’UE). Emmanuel Macron tente de composer entre exigences capitalistes et colère agricole, exacerbée par des difficultés croissantes à dégager un revenu (dermatose bovine, manque d’eau, etc.). Au-delà de la diversité du monde agricole, les raisons de la révolte sont à l’unisson des préoccupations de toutes et tous. Face aux logiques du marché capitaliste et aux diktats des tyrans impérialistes, l’unité impose de se mobiliser aux côtés de la Confédération paysanne pour défendre une agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire.

Commission nationale écologie