Publié le Vendredi 19 juin 2026 à 13h00.

Le cadmium contamine les sols et les organismes

Présent dans les engrais phosphatés, le cadmium contamine durablement les sols, l’alimentation et les organismes. Face à ce risque sanitaire majeur, une proposition de loi vise à réduire son utilisation et à accélérer la transition agroécologique.

 

Ce métal lourd, apporté par le phosphate contenu dans les engrais, s’accumule dans les sols avant d’être absorbé par les plantes. Ces apports via la fertilisation, dans les champs de blés par exemple, s’ajoutent au cadmium d’origine naturelle et à celui issu de la pollution atmosphérique.

Depuis 15 ans, les agences sanitaires françaises publient des rapports inquiétants, avec en écho un silence assourdissant du ministère de la Santé. Plus de 18 000 études scientifiques ont déjà été réalisées sur le cadmium. Et, même si on commence tout juste à en étudier les effets cocktails avec d’autres molécules, comme le polyphosphate, toutes apportent un faisceau d’arguments qui démontre un problème de santé publique.

 

Une bombe sanitaire en puissance

En 1993, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) classe le cadmium comme cancérogène avéré, notamment pour le cancer du poumon. Le cadmium est aussi un perturbateur endocrinien, il facilite les troubles du neuro­développement et de la fertilité, et c’est un polluant organique persistant. Chaque fois qu’on absorbe une dose de cadmium avec nos céréales du petit déjeuner, il faudra 10 à 30 ans pour en éliminer la moitié de notre organisme.

Le taux de cadmium dans le corps humain a été multiplié par 2 en 10 ans. CertainEs FrançaisEs ont près de 3 à 4 fois plus de cadmium dans le corps que leurs voisinEs européenNEs et même que les ÉtasunienNEs. 47 % des adultes ont un taux d’imprégnation critique dans le corps, dépassant les seuils qui ont été fixés. Un quart des enfants a un taux d’exposition anormal.

Les gouvernements successifs n’ont rien fait sur la question. Et aujourd’hui, face à un consensus scientifique qui affirme qu’il faut se bouger pour de bon, on recommence à entendre des discours du même type que lors du débat sur la loi Duplomb, entre dogmatisme, obscurantisme et antiscience. 

Nous sommes dans le pays du scandale de l’amiante et du chlordécone, dont le point commun est le déni de la science et la défense des intérêts privés ! On ne peut pas recommencer avec le cadmium !

 

Une proposition de loi qui va plus loin

Face aux résistances industrielles et politiques, c’est par la pression de mouvements écologistes, citoyens et associatifs, auxquels ont pris part Camille Étienne et Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste angoumoisin, que cette loi a pu se faire une place à l’ordre du jour de la semaine transpartisane du 1er juin.

Les trois axes principaux de cette proposition de loi, portée par les députéEs Clémentine Autain (L’Après) et Benoît Biteau (Les Écologistes), sont d’aller chercher les engrais phosphatés ailleurs qu’au Maroc, où ils sont très chargés en cadmium, alors qu’en Norvège il y a des gisements d’engrais de phosphates beaucoup plus sains ; de mettre en place des procédés pour décadmier les engrais, par des systèmes d’essorage ; à plus long terme, faire la transition agroécologique et accompagner les agriculteurEs pour que la chaîne alimentaire et, in fine, les êtres humains, se décontaminent progressivement.

Véritable poison à retardement, le cadmium provoque des décès prévisibles et prématurés. Cette pollution durable hypothèque l’avenir des prochaines générations et menace, dès à présent, la santé de nos enfants. Face à l’évidence d’un tel danger sanitaire, l’inaction des autorités françaises est désormais inadmissible.

Cette proposition de loi est un premier pas. Le NPA-l’Anticapitaliste défend une agriculture écologique, bio et sans intrants chimiques.