Publié le Samedi 24 janvier 2026 à 15h00.

Rejet du statut de fonctionnaire pour les AESH

Le Sénat a rejeté, début janvier, la proposition de loi visant à accorder un statut de fonctionnaire aux AESH (accompagnantEs d’élèves en situation de handicap). Une décision lourde de sens pour des dizaines de milliers de travailleurEs précaires, pourtant indispensables au fonctionnement quotidien de l’école.

Les AESH accompagnent au quotidien des élèves en situation de handicap. Sans ellEs et eux, l’école inclusive n’existe pas. Cette réalité est largement reconnue sur le terrain par les équipes éducatives et les familles. Mais elle est systématiquement niée dans les choix institutionnels. L’État se félicite de scolariser davantage d’élèves handicapéEs tout en refusant de garantir des conditions de travail dignes à celles et ceux qui rendent cette scolarisation possible. La majorité des AESH cumulent des contrats précaires, des temps partiels imposés et des salaires parfois sous le seuil de pauvreté. Les perspectives de carrière sont quasi inexistantes, la formation insuffisante et la reconnaissance symbolique inexistante.

Une proposition de loi minimale, rejetée sans détour

La proposition de loi rejetée visait simplement à accorder aux AESH un statut de fonctionnaire, avec une intégration pleine dans la fonction publique. Il ne s’agissait ni d’une révolution salariale ni d’une refonte radicale du système, mais d’une reconnaissance minimale de leur rôle et de leur utilité sociale. Présentée comme une mesure de justice sociale et de cohérence avec les ambitions affichées d’inclusion, cette proposition entendait rompre avec l’hypocrisie consistant à parler d’école inclusive tout en organisant la précarité de ses piliers.

La majorité sénatoriale de droite, avec l’appui du gouvernement, a rejeté le texte sans ambiguïté. Derrière les arguments techniques se cache un refus clair : refuser d’ouvrir la fonction publique à ces personnels, refuser d’étendre les droits statutaires, refuser de rompre avec la logique contractuelle. L’argument central avancé est celui du coût. Trop cher, selon le gouvernement. Comme toujours, la question n’est jamais de savoir si l’argent existe, mais pour qui il est dépensé.

Car pendant que l’on chipote sur les moyens à accorder à des travailleurEs payéEs au lance-pierre, les cadeaux fiscaux aux entreprises, les budgets militaires ou les aides publiques sans contrepartie ne sont jamais remis en cause.

Une école inclusive à bas coût

Les notifications d’accompagnement délivrées par les MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées) se multiplient, mais sans les moyens correspondants. Les AESH sont mutualiséEs entre plusieurs élèves, parfois sur plusieurs établissements, au détriment de la qualité de l’accompagnement. Cette organisation au rabais permet à l’État d’afficher des chiffres flatteurs sur la scolarisation des élèves handicapéEs tout en dégradant concrètement leurs conditions d’apprentissage.

Derrière la précarité imposée aux AESH, ce sont les élèves et leurs familles qui paient le prix fort. L’école inclusive devient une façade, un slogan vide, incapable de garantir réellement le droit à l’éducation pour toutEs.

Radu Varl