Publié le Lundi 8 juin 2026 à 10h46.

Airbus Toulouse, la prime de la colère

Le 8 juin, les salariéEs mobiliséEs d’Airbus Toulouse poursuivent leur mouvement de grève contre la baisse brutale de la prime de participation. Une mobilisation qui exprime la colère suscitée par le partage des richesses dans un groupe affichant pourtant des profits records.

2026 est une année-record pour les actionnaires d’Airbus, avec 2,53 milliards d’euros de dividendes versés, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2025. Les salariéEs doivent quant à elleux se contenter d’un accord salarial limité à 2,5 % d’augmentation à partir de juillet, essentiellement sous forme d’augmentations individuelles. Signé par FO, la CGC, la CFTC et la CFDT, cet accord n’avait pas provoqué de mobilisation significative, malgré les tentatives de la CGT d’impulser un mouvement. C’est l’annonce des primes qui a finalement mis le feu aux poudres.

Provocation

Tout le monde comptait sur les primes d’intéressement et de participation pour compenser la faiblesse des augmentations salariales. Si l’intéressement est resté globalement stable, à 3 040 euros contre 3 124 euros en 2025, la participation moyenne s’est effondrée, passant de 4 473 à 2 057 euros. Une chute difficile à accepter alors que les livraisons d’avions ont augmenté et que les résultats financiers du groupe sont excellents. La direction l’explique par les effets du taux de change euro/dollar et les provisions associées.

Cette annonce a été la goutte de trop. Dès le 6 mai, des débrayages ont eu lieu au Centre des livraisons et dans les usines toulousaines. Les chefs, accompagnéEs par les déléguéEs FO et CFTC, sont rapidement intervenuEs pour casser le mouvement naissant. La direction a joué la montre puis tenté d’éteindre la colère en annonçant, le 28 mai, une prime supplémentaire de 500 €. Une mesure jugée insuffisante par les salariéEs mobiliséEs, qui revendiquent le même niveau de prime qu’en 2025.

Le 1er juin, la grève a été lancée et une centaine de grévistes ont déambulé de bâtiment en bâtiment sur le site industriel de Saint-Martin-du-Touch. RéuniEs en assemblée générale, iels ont décidé de se retrouver de nouveau le 3 juin, avec une grève et un rassemblement devant le bâtiment des Ressources humaines. Une centaine de grévistes s’est réunie et a décidé en assemblée générale de poursuivre le mouvement lundi 8 juin, avec grève et rassemblement.

Un encouragement

Le nombre de grévistes reste modeste au regard des 25 000 salariéEs du site et la production n’a pas été sérieusement perturbée. Les pressions exercées par la hiérarchie et les syndicats majoritaires — surtout FO, la CGC et la CFTC, la CFDT restant discrète — freinent l’extension de la mobilisation. La direction multiplie les obstacles, en laissant notamment circuler des rumeurs selon lesquelles il serait interdit de rester sur le site pendant une grève et en exerçant diverses pressions sur les salariéEs mobiliséEs.

La CGT est le seul syndicat qui se met à disposition de la mobilisation, mais sa faiblesse d’implantation et de moyens dans l’entreprise constitue un frein à la généralisation de la grève. Malgré cela, la visibilité des grévistes, la parole qui se délie dans des lieux très surveillés et sans tradition de mobilisation, ainsi que la dignité affirmée par ceLLeux qui ont participé à leur première grève constituent des points d’appui importants pour la construction d’une conscience et d’un syndicalisme de classe à Airbus.

CorrespondantEs