La forte mobilisation du 10 juin à la SNCF a remis sur le devant de la scène le rejet de l’ouverture à la concurrence et les revendications salariales. Derrière les chiffres de la grève s’exprime aussi l’inquiétude croissante des cheminotEs face aux réorganisations, à la dégradation des conditions de travail et à l’incertitude sur leur avenir.
La journée de grève du 10 juin à la SNCF a été réussie avec des taux de grévistes très importants. « Près d’un cheminot sur deux » était en grève, selon Thierry Nier, secrétaire général de la CGT-Cheminots.
Pour un moratoire sur l’ouverture à la concurrence et des hausses de salaire
Avec, par exemple, une forte mobilisation à la gare de l’Est, sur le RER E avec 96 % de grévistes chez les conducteurs de train, ou encore 86 % sur la ligne B, secteur souvent le plus mobilisé, avec une grève importante chez les contrôleurEs.
De même pour les contrôleurEs et les conducteurEs dans les TGV, mais aussi à l’accueil, où les salaires ne sont pas très élevés et où il est souvent difficile d’être en grève, même si la Direction a tenté d’en minimiser l’ampleur en formant des personnels non grévistes volontaires.
On comptait en moyenne un TGV sur trois annulé et un train Intercités sur deux. Et quasiment 100 % des Transilien à l’arrêt. Sur plusieurs sites, des assemblées du personnel ont permis aux plus déterminéEs de se retrouver et de discuter.
Les quatre principaux syndicats de l’entreprise ferroviaire publique — CGT-Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots — demandent un moratoire sur l’ouverture à la concurrence ainsi que des hausses de salaire pour faire face à l’inflation.
Des réorganisations extrêmement importantes
Ces réorganisations sont liées à la libéralisation du secteur ferroviaire, à la privatisation et à la mise en place de filiales depuis l’an dernier, avec, au fur et à mesure, des appels d’offres lancés par les régions pour déterminer qui exploitera les lignes de train au départ de chaque métropole régionale.
Dans ces filiales, la libéralisation entraîne une dégradation des conditions de travail, avec la remise en cause de la réglementation propre à la SNCF. Celle-ci est attaquée en matière de repos et de temps de travail, notamment pour les roulantEs et les découchés. Pour les dimanches travaillés, par exemple, des taquets sont remis en cause à la SNCF mais aussi dans les filiales. La SNCF participe à ce dumping social en attaquant le droit du travail dans ses filiales, puis explique qu’il faut s’aligner sur celles-ci alors qu’il faudrait s’aligner, mais par le haut. En matière de repos, de congés, de taquets, de conditions de travail, de travail de nuit, de dimanche travaillé ou encore de jours fériés...
Toutes ces réorganisations entraînent une souffrance au travail extrêmement importante, car de nombreux collègues ne savent pas de quoi demain sera fait. Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence, lorsqu’un appel d’offres est remporté par une entreprise privée, le personnel est transféré dans une entreprise qui n’est plus la SNCF. Cette perte de repères et ces inquiétudes pour l’avenir créent une insécurité permanente, qui s’est traduite depuis le mois de janvier par le suicide de 13 cheminots.
Des bénéfices mais pas pour les cheminotEs
Si ces suicides ont été l’une des motivations de la mobilisation, la question des rémunérations est aussi au cœur de sa réussite. La libéralisation à marche forcée apporte des gains de productivité qui font qu’aujourd’hui la SNCF réalise des bénéfices, près de 2 milliards d’euros. Son chiffre d’affaires atteint 44 milliards cette année. Pourtant, les cheminotEs n’en voient pas la couleur. D’où la demande d’une réouverture des NAO pour sortir du foutage de gueule : les dernières propositions représentaient 0,6 %, soit 5 à 10 euros sur une fiche de paie.
Au regard de l’inflation, ce n’est pas du tout à la hauteur. D’où la revendication d’augmentations de salaires, qui est loin d’être propre aux seulEs cheminotEs et qui peut donner l’idée à d’autres secteurs de se mobiliser ensemble pour imposer des hausses de salaires.
Correspondant