Publié le Lundi 23 mars 2026 à 11h16.

César Chávez, figure emblématique des droits civiques et du mouvement syndical, était aussi un violeur

César Chávez, qui, dans les années 1960, a mené les luttes des MexicainEs-AméricainEs pour les droits civiques et celles des ouvrierEs agricoles pour la création de syndicats, a été accusé, dans un article du New York Times fruit d’une enquête minutieuse, d’avoir violé des femmes et d’avoir abusé sexuellement de jeunes filles âgées d’à peine 13 ans. 

Parmi ces femmes figurait Dolores Huerta, elle-même fondatrice et dirigeante du syndicat, qui a confirmé qu’il l’a contrainte et a engendré deux de ses enfants, élevés en secret par d’autres. Debra Rojas a rapporté que Chavez avait eu des rapports sexuels avec elle alors qu’elle avait 15 ans, ce qui constitue un viol au regard de la loi de l’État car elle était trop jeune pour donner son consentement légal.

La chute d’une icône progressiste

Ces révélations sont un choc pour beaucoup. Chavez était une icône progressiste. Quelque 86 écoles dans 14 États et à Porto Rico portent son nom, tout comme des dizaines de rues, de bibliothèques et d’autres bâtiments publics. Le président Barack Obama avait proclamé le Cesar Chavez Day comme jour férié national. Mais ce ne sera pas le cas cette année, car ses monuments sont en train d’être déboulonnés et les collectivités locales votent pour retirer son nom des lieux publics.

Les révélations concernant Chavez portent un coup dur tant au mouvement des droits civiques des MexicainEs-AméricainEs et, plus largement, des Latinos, qu’au mouvement syndical qui le tenait en haute estime. Au même moment, des ouvrières agricoles mexicaines-américaines se sont exprimées pour parler des abus sexuels courants dans les champs et dont elles ont elles aussi été victimes. Ana Avendaño, du Syndicat des employéEs de service, souligne que d’autres responsables syndicaux se sont rendus coupables d’abus sexuels et restent en fonction malgré les preuves de leurs agissements. Tout cela à un moment où le président Donald Trump et le Parti républicain mènent une offensive contre le monde du travail en général et les Latinos en particulier.

En Californie, Chavez a créé les premiers syndicats stables d’ouvrierEs agricoles de l’histoire des États-Unis, organisé des grèves et des boycotts nationaux, et obtenu des conventions collectives. Parallèlement, il a rehaussé l’image des MexicainEs-AméricainEs et contribué à leur forger un rôle plus important dans la société et la politique américaines. Pourtant, nous, à gauche, avons toujours émis des critiques vis-à-vis de Chavez.

Un autocrate au bilan critiquable

L’United Farm Workers (UFW) dirigé par Chavez était le résultat d’une fusion entre un syndicat d’ouvrierEs agricoles philippino-américainEs et un syndicat d’ouvrierEs agricoles mexicano-américainEs. Mais une fois Chavez devenu président, la culture mexicano-américaine, la langue espagnole et le nationalisme mexicain sont devenus dominants, éclipsant les traditions des travailleurEs philippinEs et arabes. L’UFW est également devenu un syndicat pratiquement catholique, défilant derrière les bannières catholiques mexicaines de la Vierge de Guadalupe.

Chavez avait noué des liens personnels avec le leader du Parti démocrate Robert Kennedy, un catholique, il a rendu visite au dirigeant syndical pendant ses grèves de la faim, mais cela s’inscrivait dans un partenariat entre le syndicat et le parti qui a intégré l’UFW à la machine politique démocrate. Chavez prônait le « mutualismo », c’est-à-dire le coopérativisme, l’idée que les travailleurEs mettent leurs ressources en commun et les partagent, mais en réalité, le syndicat est devenu dépendant des démocrates qui lui distribuaient des fonds fédéraux pour ses programmes d’aide sociale.

Chavez était dès le départ un autocrate, plaçant les membres de sa famille et ses amis proches à des postes de direction du syndicat. Contrairement à d’autres syndicats, l’UFW, qui pourtant couvrait 1 300 kilomètres à travers la Californie, n’a jamais créé de sections locales, car Chavez craignait qu’elles ne se rebellent contre lui. Il purgeait périodiquement les autres dirigeants syndicaux, le personnel du syndicat et les simples membres dissidents.

Dolores Huerta, aujourd’hui âgée de 95 ans, déclare : « Le mouvement des travailleurEs agricoles a toujours été plus grand et bien plus important que n’importe quel individu. Les actions de César ne diminuent en rien les améliorations durables obtenues pour les travailleurEs agricoles grâce à l’aide de milliers de personnes. Nous devons continuer à nous engager et à soutenir notre communauté, qui a plus que jamais besoin de défense et d’activisme. » C’est vrai, mais nous devons également lutter pour une vraie démocratie, contre le machisme et le patriarcat au sein des syndicats.

Dan La Botz, traduction Henri Wilno