Massive, démocratique et auto-organisée, la grève exemplaire de l’Éducation valencienne du printemps 2026 a montré la force d’un mouvement décidé à défendre l’école publique.
En novembre 2025, le très impopulaire président de la région valencienne, Carlos Mazón, est forcé à la démission suite aux mobilisations qui dénoncent sa gestion catastrophique des inondations de 2024.
En décembre 2025, les professeurEs descendent dans la rue : iels sont plus nombreux qu’attendu. Cela fait suite à deux mobilisations sectorielles d’envergure : la grève des correcteurEs des concours de l’Éducation valencienne en fin d’année scolaire dernière, qui leur avait permis d’obtenir gain de cause quant à leur rémunération, et celle d’enseignantEs en formation professionnelle.
Dès lors, un calendrier de mobilisations est fixé par les syndicats. De nouveau, l’enseignement professionnel se mobilise et commence à s’organiser en assemblées en janvier et février. Le mécontentement va croissant et, le 31 mars, la grève appelée par les syndicats représentatifs pour toute la profession est un franc succès : 26 000 personnes manifestent à Valence.
Grève dans l’éducation, démocratique et illimitée
À partir de là, des assemblées de quartiers, villages ou villes, regroupant les personnels mobilisés, se constituent un peu partout.
Les enquêtes, diffusées grâce à une Coordination des assemblées, permettent d’interroger les personnels sur le nombre de jours qu’iels sont prêtEs à faire grève, de débattre et de diffuser différentes modalités de mobilisation. Les décisions sont prises démocratiquement. Toustes semblent d’accord pour dire qu’il est temps de paralyser l’activité au sein des établissements scolaires.
La grève illimitée est votée et elle durera du 11 mai au 12 juin, ponctuée de mobilisations dynamiques et massives : la « marée verte » s’est déversée dans les rues de la Communauté valencienne, très largement soutenue par la population.
« Nous ne voulons pas des miettes, nous voulons le pain entier ! »
Pour les enseignantEs mobiliséEs, les revendications forment ce qu’iels nomment un « accord intégral », indivisible : baisse du nombre d’élèves par classe, recrutement d’enseignantEs, augmentation salariale, réduction des tâches administratives imposées, des moyens pour une inclusion réelle et digne, investissement pour améliorer l’état du bâti (suite aux inondations de 2024 et pour résister à la chaleur), enseignement en valencien, stabilisation des équipes éducatives. Il faut défendre et améliorer la totalité du système éducatif public. « Ce sont des enfants, pas des numéros ! », peut-on lire sur certaines pancartes.
Dès lors, le ministère valencien de l’Éducation est forcé de se mettre à la table des négociations. Les personnels, en grève à 80 % à plusieurs reprises au cours des mois de mai et juin, refusent les fausses promesses, renvoyées à 2027, après les élections régionales. C’est maintenant et dans sa totalité que « l’accord intégral » doit être pris en compte. Les négociations avec les pouvoirs autonomes valenciens sont retransmises en direct car ces derniers refusent la présence du Comité de grève dans les négociations. Pour les personnels mobilisés, il s’agit aussi d’insister sur la dimension démocratique de ce mouvement avec la revendication « Une prof = Une voix ».
« On ne va pas s’arrêter là : la révolte dans l’Éducation va continuer... »
Les propositions des pouvoirs valenciens, indécemment éloignées des préoccupations des enseignantEs, les conduisent à voter massivement contre. Mais les personnels décident à la majorité de suspendre la grève. Elle a en tout cas vu naître et se former une nouvelle génération de militantEs qui a su trouver les modalités d’une organisation à la base (avec les assemblées) et démocratique (avec la coordination des assemblées). Elle a aussi permis aux enseignantEs de prendre conscience de la force de leur collectif et a certainement donné des idées à d’autres secteurs de travailleurEs.