La montée du mouvement ouvrier et paysan précipite la crise de l’État espagnol. En juillet 1936, le coup d’État militaire se heurte à la résistance armée des organisations populaires.
Dans les années 1930, l’Espagne fait figure de pays archaïque, écrasé par le poids d’une oligarchie de propriétaires terriens et d’une Église catholique aussi puissante que réactionnaire. Pour autant, tout en restant un pays rural et attardé, l’Espagne connaît d’importants changements, en particulier dans les régions du nord. En Catalogne, une bourgeoisie locale développe une puissante industrie textile, tandis que dans les Asturies et au Pays basque, les capitaux anglais ont profité du très bas coût de la main-d’œuvre espagnole, mais aussi des riches ressources minières locales, pour développer la métallurgie.
L’État espagnol face à la montée du mouvement populaire
Ce développement industriel a doté l’Espagne d’une bourgeoisie, dont la jeunesse a développé de nouvelles aspirations libérales, en rupture avec le fonctionnement très traditionnel de la société espagnole, mais aussi de nouveaux projets nationalistes, en particulier en Catalogne et au Pays basque. Il a aussi doté le pays d’une classe ouvrière, où se sont fortement développées les idées socialistes, marquées par le poids important des anarchistes, avec la puissante Fédération anarchiste ibérique (FAI) et surtout la Confédération nationale du travail (CNT), qui lui était liée et organisait sans doute au printemps pas moins d’un million et demi de travailleuses et de travailleurs.
Ce sont ces militants anarchistes qui, depuis 1917, impulsaient avec radicalité et enthousiasme la lutte des classes et le combat révolutionnaire. Le puissant mouvement de masse qu’ils ont impulsé, tant dans les mines asturiennes que dans les campagnes andalouses, est parvenu à désagréger la vieille société espagnole. Dans les années 1920, le roi Alphonse XIII tenta de reprendre la situation en main, en installant la dictature réactionnaire de Primo de Rivera, mais fut incapable de stabiliser la situation. En avril 1931, Alphonse XIII n’eut d’autre solution que de partir en exil, tandis que la République était proclamée.
Une situation prérévolutionnaire
Le gouvernement républicain qui prit alors le pouvoir mit en place quelques réformes démocratiques : droit de vote des femmes, développement de l’enseignement public, autonomie catalane, etc. Il tourna en revanche le dos à toutes les aspirations sociales, amenant le mouvement de masse à reprendre l’initiative. En 1933, la droite espagnole gagna les élections et se heurta au mouvement de masse. En octobre 1934, lorsque la grève des mineurs des Asturies se transforma en une insurrection ouvrière généralisée, le gouvernement envoya l’armée, sous les ordres du général Franco, afin de noyer la révolution dans le sang.
Face à la menace fasciste, la gauche s’unit, mettant en place un Front populaire, qui remporta les élections en février 1936. Sa force principale reposait sur le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), un parti social-démocrate dont la direction était assez modérée, mais qui disposait d’une puissante aile gauche, appuyée sur l’Union générale des travailleurs (UGT), un syndicat fort d’un million de travailleurEs.
La victoire électorale de la gauche provoqua une situation prérévolutionnaire. Sans attendre la réforme agraire promise par le gouvernement, des dizaines de milliers de paysanNEs occupèrent les grands domaines fonciers, tandis que, sous l’impulsion de la CNT et de l’UGT, les grèves et occupations ouvrières se multipliaient. Pour l’oligarchie foncière, l’Église et la droite, le salut ne pouvait venir que de l’intervention de l’armée.
Le coup d’État fasciste
Dès le lendemain de la victoire du Front populaire, l’état-major commença à préparer un coup d’État. Le 17 juillet 1936, le général Franco, alors chargé des troupes coloniales qui occupaient le Maroc, fit arrêter et exécuter les officiers fidèles au gouvernement. Le lendemain, les généraux situés en métropole lancèrent leurs troupes contre le gouvernement.
Totalement paniqué, le gouvernement se refusa à résister à l’armée, cherchant à mettre en place un gouvernement de compromis avec les putschistes. Refusant d’obéir aux ordres du gouvernement, la CNT et les militantEs ouvrierEs rassemblèrent les armes qu’ils et elles purent trouver et s’employèrent à faire échouer le coup d’État. À Barcelone, les milices populaires mirent en échec les putschistes. À Madrid, la population armée prit d’assaut, le 20 juillet, la caserne de la Montaña et écrasa les forces armées.
Le coup d’État se solda ainsi par un échec, puisqu’à la fin juillet, les rebelles ne contrôlaient guère que la Galice, la Vieille-Castille, la Navarre, l’ouest de l’Aragon et les Baléares. L’essentiel du pays et toutes les grandes villes, à l’exception de Saragosse, Pampelune, Salamanque, Séville et Cordoue, étaient aux mains du gouvernement et surtout des milices populaires.