Publié le Samedi 31 janvier 2026 à 11h00.

Grèce : Une mobilisation paysanne historique

Pendant 2 mois, les paysanEs grecs se sont mobiliséEs avec un blocage partiel de grands axes. Si ce type de mouvement avait déjà eu lieu, celui-ci est remarquable par sa durée, le nombre des participantEs, l’extension géographique, et aussi par la manière de s’organiser.

Les raisons de la colère sont multiples et profondes. La situation économique, avec la hausse des coûts (électricité) et des subventions insuffisantes et en retard. En regard, la droite de Mitsotakis tente d’étouffer le scandale d’un office agricole dont un milliard de fonds européens ont été détournés pour servir son clientélisme ! 

Dans le même temps, les paysanEs de Thessalie restent démuniEs, 2 ans après la terrible tempête Daniel. Autre cause : une variole ovine, qui a déjà fait abattre 500 000 bêtes depuis août 2024 et s’intensifie. Or, le gouvernement refuse la vaccination et ne propose rien pour contrer la maladie, avec des risques pour les exportations de produits laitiers. 

Sur le Mercosur, horrible pour ce pays agricole et sans réseau industriel performant, Mitsotakis n’a rien critiqué, et ses députés européens ont voté l’accord, malgré les protestations de paysanEs de son camp ! 

De manière générale, le monde paysan constate l’indifférence totale de la droite face au risque réel de disparition du secteur.

Une mobilisation populaire

Ces causes accumulées ont fait que, à la différence de mobilisations antérieures, celle-ci n’a pas joué la « concurrence » entre les lieux de blocage, l’action reposant toujours sur des barrages, cette fois très nombreux, pour arrêter ou ralentir la circulation sur les grands axes du pays. Face à l’intransigeance de Mitsotakis, la coordination nationale et les AG de base ont permis d’éviter les tentatives de divisions. 

Si des milliers de tracteurs étaient sur les routes, l’effet recherché a surtout été de montrer une force rassemblée, plutôt qu’aller au blocage total. Et cette fois, de nombreux jeunes paysanEs étaient résolument engagéEs. Le résultat, c’est que cette mobilisation a été fort populaire, et de nombreux solidaires sont venuEs sur les blocages : jeunes, travailleurEs…

Une défaite ?

Ne voulant rien céder, Mitsotakis a voulu très tôt criminaliser le mouvement, qualifié d’« extrémiste » (et même de « fasciste » !). Il a échoué dans sa tentative de division, en créant et invitant une délégation fantoche comportant même des gens sans lien avec le monde paysan ! Et il a cru que la répression et les procès allaient faire reculer les paysanEs mobiliséEs, en vain : iels n’ont plus rien à perdre.

De leur côté, la gauche et le PASOK ont certes affirmé leur soutien… mais sans aller jusqu’à ce qui aurait été décisif : pousser à une grève nationale de solidarité.

Face au mépris de la droite, l’absence de perspectives avec les seuls blocages vient d’amener à une levée des barrages. Malgré ce recul, la colère reste intacte, et l’idée mûrit d’un rassemblement national à Athènes. Ce jour-là, il faudra la grève générale !

A. Sartzekis, Athènes, le 25 janvier 2026