Des chants et des saluts fascistes à deux pas du Vatican ont conclu, samedi 13 juin, le défilé national « Remigration et reconquête » visant à demander l’adoption d’un projet de loi d’initiative populaire qui a recueilli 150 000 signatures, soit le triple du nombre requis.
Des images montrent qu’il y avait peut-être 4 000 à 5 000 personnes, chiffre que les orateurs ont multiplié par quatre. « Un remplacement du peuple italien et européen est en cours », a crié le président du comité, Luca Marsella.
Une internationale fasciste
Marsella est le porte-parole de Casapound Italia (CPI), association qui se définit comme les « squadristi » (mouvement des squadre d’azione, milices fascistes organisées en dehors de l’autorité de l’État italien) du troisième millénaire et détient un record de condamnations pour des délits liés à des actes de violence.
Les liens entre le CPI et l’extrême droite française sont établis. Le plus étroit est celui qui l’unit au mouvement Les Identitaires (anciennement Bloc identitaire), à son organisation de jeunesse Génération identitaire, ainsi qu’à Bastion social. Selon le politologue Pietro Castelli Gattinara, l’expérience du CPI suscite un vif intérêt, notamment en raison de la manière dont il a su combiner occupations de logements, militantisme social, musique, communication et création d’espaces militants.
Ils se déclarent opposés à la « société ouverte » qui engendrerait la solitude, le déclin et la précarité, et dénoncent ce qu’ils appellent le « sentiment de culpabilité européen ». Ils s’inspirent de théories issues de la Nouvelle Droite française qui ont eu des répercussions, depuis une trentaine d’années, sur les droites fascisantes de toute l’Europe, comme les identitaires autrichiens de Martin Sellner, les Allemands de l’AfD et les auteurs du pogrom de Belfast.
Une coalition d’extrême droite
« Remigration et reconquête » est la coalition sous laquelle ils cherchent à rassembler des forces situées à droite de l’actuelle droite au pouvoir, avec laquelle ils entretiennent toutefois de nombreuses relations et passerelles. Outre le CPI, on trouve le Popolo delle mamme (anti-vaccins), le Rete dei Patrioti (scission de Forza Nuova) et le Veneto Fronte Skinheads. La Ligue, avec Borghezio d’abord puis Salvini ensuite, a toujours flirté avec les milieux identitaires dont l’état d’esprit se résume ainsi : « Les peuples européens ont le droit d’exister, de rester eux-mêmes, de préserver leur continuité historique, anthropologique et culturelle ».
Leur proposition serait un test permettant de révéler qui, au sein du gouvernement Meloni, est véritablement « du côté de la nation ». La « remigration » vise à mettre en place des mesures plus brutales encore que l’actuel décret sur les rapatriements (une sorte de prime au retour volontaire, estimée à 615 euros, pour les avocatEs s’ils convainquent les migrantEs qu’ils assistent de rentrer dans leur pays d’origine).
C’est l’exigence d’une « posture politique » de l’État italien de tolérance zéro pour les « clandestins » et pour les régulariséEs qui commettent des délits, tandis que pour les régulariséEs « non assimiléEs » ou qui « pèsent » sur l’État-providence, le regroupement familial serait interdit et la « remigration » ne serait pas « contrainte » mais « encouragée ».
Mais en ce samedi italien, de nombreux regards étaient tournés vers la cérémonie de fondation de Futuro Nazionale, le parti inspiré par le général des parachutistes (historiquement liés à l’imaginaire fasciste) Roberto Vannacci, qui recueille déjà environ 5 % dans les sondages.
Le mot d’ordre de remigration les rassemble. Mais pour l’instant, une sorte de lutte pour l’espace à droite de la droite se profile. « Nous n’avons pas besoin de généraux, nous avons besoin de combattants », a déclaré Marsella.
Une riposte à renforcer
La réponse est venue de la gauche, mais seulement sous la forme de deux manifestations romaines (10 000 personnes au total) qui se sont tenues séparément — ce qui témoigne d’une difficulté à construire un mouvement social convergent sur les questions cruciales de la guerre, du réarmement et de l’opposition sociale.
D’une part, l’ombre du « campo largo » (la coalition de centre-gauche) continue de peser sur certains secteurs importants de la gauche radicale ; d’autre part, l’appel à la construction d’un pôle indépendant lancé par le Potere al popolo (PAP) et l’Union syndicale di base (USB) se fait sur des positions anti-CGIL et plutôt campistes sur le plan international.
Un contexte déformé tant par les contraintes du système électoral que par une fragmentation politique qui semble imparable depuis au moins dix ans.