Publié le Mercredi 4 mars 2026 à 19h40.

Kanaky, il doit finir le temps des colonies

Le vote au Sénat du projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie marque une nouvelle étape dans la remise en cause du droit à l’autodétermination du peuple kanak. Derrière un habillage institutionnel, le gouvernement poursuit une stratégie de passage en force qu’il faut stopper par la mobilisation.

Le 24 février, 215 sénateurEs réuniEs à Paris ont voté pour « le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie », contre 41 voix et 89 abstentions. La droite a soutenu le texte, le groupe socialiste s’est abstenu — sauf un élu de Guadeloupe —, tandis que les éluEs communistes et écologistes, dont le sénateur du FLNKS Robert Wienie Xowie, ont voté contre — tout comme les trois éluEs RN, mais au motif qu’il « ouvre, sans le dire, la porte à l’indépendance », une affirmation pour le moins exagérée.

Une nouvelle tentative de passage en force…

Cela devient la marque de fabrique des gouvernements Macron sur ce sujet. Darmanin et Lecornu se montrent zélés pour en finir avec les accords de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998), qui reconnaissaient le droit à l’autodétermination du peuple kanak et ouvraient un chemin vers l’indépendance.

En 2018, un premier référendum est organisé, malgré l’absence de 22 000 Kanak sur le corps électoral. En 2020, le deuxième montre une forte progression du vote indépendantiste. Le troisième, en 2021, est organisé contre l’avis du mouvement indépendantiste qui demandait un report en raison du deuil post-Covid, entraînant le refus de participer des Kanak. C’est pourtant ce scrutin qui a servi de base au projet de dégel du corps électoral, destiné à rendre les Kanak ­minoritaires sur leur propre territoire.

En mai 2024, la présentation du projet à l’Assemblée nationale déclenche le soulèvement de la jeunesse kanak, réprimé selon les pires méthodes coloniales : 13 Kanak tués, des centaines de blesséEs, 2 235 arrestations et incarcérations, dont 7 dirigeantEs indépendantistes déportéEs en France. Dans une communauté d’un peu plus de 110 000 personnes, l’ampleur de la répression est considérable, frappant les plus touchéEs par la précarité, les difficultés d’accès à l’emploi, au logement et, depuis le soulèvement, par les difficultés d’accès à la scolarisation, aux soins, aux déplacements et au travail.

… à empêcher par la mobilisation

Le projet de loi voté au Sénat misait sur l’épuisement de la population en Kanaky et l’indifférence dans l’Hexagone pour entériner la fin du droit à l’indépendance. La création d’un « État » de Nouvelle-Calédonie maintenu dans la France, dont les compétences ne pourraient contredire les intérêts français, n’a rien d’une indépendance. Le dégel « glissant » du corps électoral signifie toujours la mise en minorité des Kanak et des « victimes de l’histoire ». Le renforcement des provinces accentuerait la concentration des richesses en Province Sud, où les Kanak sont déjà minoritaires, développant une logique d’apartheid — le tout sous le chantage à l’étranglement économique de collectivités lourdement endettées.

La très grande majorité du mouvement indépendantiste refuse le projet de loi. La seule organisation kanak à l’avoir accepté est désavouée par beaucoup de ses militantEs et notamment par Paul Néaoutyine, président de la Province Nord et dernier signataire vivant des accords de Nouméa.

En Kanaky, l’heure est à la mobilisation. Les groupes indépendantistes ont tenu leur congrès avec une forte participation. Des milliers de militantEs sont engagéEs dans les municipales, autour des enjeux locaux et de l’avenir du pays, et la lutte sur le front du nickel est engagée contre un projet de pillage au bénéfice des multinationales et de l’Europe.

Le 21 mars, les différents collectifs de Kanak et CalédonienNEs en France, le Collectif Solidarité Kanaky, appellent à descendre dans la rue pour exprimer notre rejet de la politique coloniale du gouvernement et notre solidarité avec la lutte du peuple de Kanaky - Nouvelle-Calédonie, pour que les députéEs rejettent fin mars le projet de loi. Il s’agit d’imposer la réouverture de discussions dans le cadre des accords de Nouméa pour garantir le droit inaliénable du peuple kanak à décider de son avenir.

Cathy Billard