Le 27 octobre dernier avaient lieu les élections législatives en Israël. Le précédent scrutin, près de quatre ans auparavant, avait consacré « la Knesset la plus à droite de l’histoire d’Israël », avec l’entrée au gouvernement de sinistres individus comme Smotrich ou Ben Gvir.
Cette longévité remarquable s’est appuyée sur un consentement quasi total de la société israélienne à la suite des attaques du 7 octobre. Malgré ce consentement, elle reste divisée, même si ces divisions ne portent pas sur le sort des PalestinienNEs.
Une Knesset sans majorité
Avec une participation de 77 %, importante pour Israël, les résultats dessinent une mosaïque de petites organisations, loin du bipartisme historique du Parti travailliste et du Likoud. Ce dernier arrive en tête avec 27 %. La coalition de Benyamin Netanyahou obtiendrait 53 sièges contre 48 pour celle d’Eisenkot, qui inclut les partis de Lapid et de Bennett, anciennement au pouvoir. Cette opposition ne parvient donc pas à capitaliser sur le ressentiment envers Netanyahou, notamment concernant sa gestion du 7 octobre.
Les 19 sièges restants reviennent aux partis dits « arabes », issus du vote des PalestinienNEs de 48. Un séisme électoral tant l’existence politique et sociale des PalestinienNEs est ignorée dans les tractations politiques en Israël. En plusieurs décennies, certains de ces partis n’ont ainsi participé qu’une seule fois à une coalition, en 2021. Ils sont pourtant aujourd’hui en position d’être des faiseurs de Premier ministre.
Cependant, vu son profil, un accord entre la coalition Eisenkot et les partis arabes reste très incertain. Celle-ci n’a rien d’une coalition de gauche, même en abaissant la barre au sol. Lapid et Bennett ont déjà gouverné et organisé des frappes sur Gaza. Elle comprend également Israel Beitenou, organisation d’extrême droite de Liberman, ancien du Likoud.
Un consensus contre les PalestinienNEs
92,31 % des IsraélienNEs ont voté pour des partis allant du centre-droit à l’ultra-droite, et 7,59 % pour les Démocrates, de centre-gauche. Beyachad Natzliach, parti de gauche prônant l’égalité totale entre Juifs et Arabes, recueille 0,09 % des voix. Avec 33 femmes sur 120 membres, la Knesset compte le plus grand nombre d’élues de son histoire.
Ces élections ont porté à la Knesset des partisanEs du massacre de toute la population de Gaza. Même parmi les « modérés » de Lapid, Ram Ben Barak a déclaré : « Si tous les habitants de Gaza sont déjà des réfugiés, répartissons-les dans le monde entier. » Le consensus reste, a minima : « un État démocratique pour les Juifs, un État juif pour les autres », selon Azmi Bishara, cofondateur du parti de gauche Balad. Une partie de la droite, notamment Netanyahou, agite déjà la menace d’un accord de gouvernement avec les partis arabes.
Des éluEs arabes ne font pas une démocratie
En plein génocide, alors que les colons assiègent la Cisjordanie avec l’aide de l’armée et que des maisons sont détruites à Jérusalem ou dans le Néguev, les soutiens d’Israël ont profité du scrutin pour le présenter comme le seul État démocratique de la région : l’élection d’Arabes suffirait à nier l’apartheid.
L’apartheid sud-africain avait aussi des éluEs non blancHEs, notamment d’ascendance indienne ou des personnes métisses, dites « de couleur ». Il leur accordait une « place » tant que la domination blanche restait intacte. Israël se vante de représenter 2 millions de personnes alors qu’il en colonise, massacre et brutalise près de 6 millions dans les territoires qu’il occupe et interdit le retour de près de 8 millions de réfugiéEs. Une imposture : quelques docteurEs ou un juge à la Cour suprême masquent mal que 20 % de la population a moins de droits et que son existence reste conditionnée à son obéissance.
Nier cet apartheid est un scandale. Présenter ces élections comme démocratiques l’est tout autant.