Publié le Jeudi 17 septembre 2026 à 12h00.

L’AfD frôle la majorité absolue en Saxe-Anhalt

Le 6 septembre, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a obtenu 44,2 % des voix en Saxe-Anhalt, contre un peu plus de 20 % en 2021. Avec 39 sièges sur 83, elle échoue de peu à conquérir la majorité absolue, mais son score historique bouleverse le paysage politique du Land.

Dans le prolongement de notre édito de la semaine dernière (« L’avertissement venu de Saxe-Anhalt »), nous reproduisons ici l’analyse publiée sur Inprecor.fr par Helmut Born, militant de l’Internationale Sozialistische Organisation (section allemande de la IVe Internationale) et membre actif de Die Linke. 

 

C’est surtout la CDU, le grand parti de la bourgeoisie, qui a été sévèrement sanctionnée. Elle a perdu plus de la moitié de ses voix et de ses députéEs. Le FDP, le parti libéral, n’a même pas réussi à entrer au Parlement régional et poursuit son déclin. Mais pour Die Linke non plus, cette soirée ne fut pas agréable : trois semaines avant les élections régionales, le parti était encore crédité de 13 %, et il n’a finalement obtenu que 8,6 %. En revanche, le SPD et les Verts ont légèrement amélioré leur score par rapport aux dernières élections régionales ; avec respectivement 9,3 % et 8,9 %, ils ont obtenu un peu plus que Die Linke.

Ce résultat s’explique par une campagne intense menée par des organisations influentes de la société civile, qui avaient appelé à voter de manière tactique afin de garantir que le SPD et les Verts puissent au moins revenir au Parlement régional. En effet, leur retour a longtemps été incertain. Une autre surprise a été l’entrée au Parlement régional de l’« Alliance Sahra Wagenknecht » (BSW), qui a réussi à s’y faire élire avec 5,3 % des voix.

Quel exécutif après les élections ?

Au sein du nouveau parlement régional, avec des représentantEs de six partis, la formation d’un nouvel exécutif ne sera pas aisée. L’AfD n’ayant pas obtenu la majorité absolue des sièges (39 sur 83), elle doit trouver des alliés ou au moins le soutien d’autres formations. Tous les autres partis ont refusé de former un gouvernement avec l’AfD. 

Le BSW rejette lui aussi toute coalition avec elle. Ce parti estime qu’il faudrait plutôt élire unE ministre-présidentE indépendantE, à qui il reviendrait de composer son gouvernement et de réunir une majorité à chaque vote. Cette formule a déjà été appliquée aux Pays-Bas lors de l’avant-dernière élection, lorsque le parti du raciste Geert Wilders avait manqué de peu la majorité absolue et que personne ne voulait de lui comme ministre-président. Reste à voir si l’AfD acceptera cette solution. Le SPD et les Verts ont déjà donné leur accord.

Quelles leçons du recul de Die Linke ?

Pour Die Linke, ce résultat est une déception. Le parti a perdu 2,4 % par rapport aux dernières élections régionales. Il est certain que la campagne électorale n’a pas été facile pour ce parti, car il n’est solidement implanté que dans les villes et ses résultats sont traditionnellement faibles dans les zones rurales. Cela s’est également confirmé lors de ce scrutin. Dans les deux grandes villes de Halle et Magdebourg, il a remporté trois sièges grâce aux votes directs (de première préférence). Les 38 autres circonscriptions sont toutes ­revenues à l’AfD.

Die Linke doit s’affirmer plus clairement et adopter une ligne plus radicale. Beaucoup le classent simplement dans le camp rouge-vert, aux côtés du SPD et des Verts, ainsi qu’en témoigne l’effet de la campagne « voter tactiquement ». Il faut affirmer clairement que Die Linke incarne une opposition sans ambiguïté à l’ordre établi, que ses représentantEs ne sont pas des « politicienNEs » comme les autres, qu’elle entend mettre fin à la société de classes capitaliste et que cela ne sera pas possible depuis le seul Parlement. Aussi pertinentes que soient les mesures qu’elle défend au Parlement, et aussi bénéfiques qu’elles pourraient être pour la vie des gens si elles étaient mises en œuvre, il n’y aura jamais de majorité parlementaire pour cela. Ce qu’il faut, c’est un parti présent au Parlement et en même temps assez fort pour modifier les rapports de force sociaux en faisant pression dans la rue, en s’ancrant dans les entreprises et les quartiers, et en encourageant la prise de conscience et l’auto-organisation de celles et ceux d’en bas.