Les réponses militaires des dirigeants aux problèmes politiques des différentes communautés qui composent l’Éthiopie engendrent une succession d’affrontements armés.
Les confrontations meurtrières en Éthiopie ne cessent de se propager. En 2022, prenaient fin les hostilités entre les forces régionales du Tigré et l’armée fédérale, épaulée par les troupes de l’Érythrée, pays voisin, et par FANO, la milice nationaliste de l’Amhara. Elles risquent de reprendre, venant s’ajouter aux autres conflits que connaît le pays.
La paix introuvable
L’accord de Pretoria, qui a mis fin à la guerre au Tigré, est quasiment caduc. Le Premier ministre du gouvernement fédéral, Abiy Ahmed, n’a pas respecté les clauses de l’accord. En réponse, les forces tigréennes se sont retirées du gouvernement intérimaire et ont formé leur propre autorité. Chacun des deux camps se prépare à une nouvelle confrontation, avec un envoi massif de troupes de part et d’autre de la frontière régionale.
Le 1er août, une violente bataille a éclaté à Shererina, dans l’ouest du Tigré, au cours de laquelle l’artillerie lourde et des drones ont été utilisés. La leçon qu’Abiy peut tirer de cet accrochage est que les forces tigréennes, en dépit du blocus économique imposé par Addis-Abeba, sont capables de résister. Mais le Premier ministre est également confronté à d’autres rébellions à l’intérieur du pays.
Nouvelles recompositions
Les alliés d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. FANO, la milice nationaliste de l’Amhara, combat désormais l’armée fédérale éthiopienne, qui a riposté par plus de 102 frappes de drones. L’OLA, issue de la communauté oromo, la plus nombreuse du pays, s’est aussi lancée dans un conflit armé.
Enfin, Abiy ne cesse de proclamer sa volonté d’acquérir, par tous les moyens, le port érythréen d’Assab. D’un problème économique de débouché maritime, il fait un problème existentiel pour l’Éthiopie, poussant en retour l’Érythrée à soutenir les soulèvements armés.
En dépit des déclarations des uns et des autres, une alliance militaire contre Abiy, si elle a été proclamée, ne va pas de soi sur le terrain. Les crimes contre l’humanité commis par tous les protagonistes restent gravés dans les mémoires. Les différends frontaliers entre les trois communautés sont toujours présents. Leurs visions de l’avenir du pays divergent.
Traditionnellement, les élites amharas sont favorables à une plus grande centralisation du pays, dans laquelle elles entendent jouer un rôle prépondérant. À l’inverse, les Oromos militent pour un fédéralisme accentué qui permettrait, à terme, l’indépendance de l’Oromia.
Les problèmes politiques réels du pays, notamment la question du type de fédéralisme permettant le vivre-ensemble des différentes communautés qui composent l’Éthiopie, sont abordés par les dirigeants uniquement sur le plan de la confrontation armée. Cette conception les pousse à nouer des alliances changeantes qui empêchent le débat démocratique et, surtout, entraînent la mort de centaines de milliers de personnes dans des conflits sans fin.