Publié le Mardi 20 janvier 2026 à 12h00.

Pour la libération immédiate de Lyes Touati et des prisonniers politiques en Algérie

Lyes Touati a été arrêté et placé en détention préventive en Algérie le 19 décembre dernier. Lyes Touati est militant socialiste, anticapitaliste, membre de la direction du Parti socialiste des travailleurs (PST), un parti qui est suspendu par une décision judiciaire arbitraire depuis plus de 4 ans.

Lyes Touati est connu comme un militant très actif, présent dans un certain nombre de mobilisations et d’interventions dans les luttes, notamment dans la région de Bejaïa, qui est à 250 km à l’est d’Alger. Et il vient précisément de la ville côtière d’Aokas. Il milite depuis plus de 15 ans. Il a commencé dans les mobilisations étudiantes, dans les coordinations, etc., où il était un militant et une figure du mouvement. 

 

Un militant de tous les combats

Par la suite, il a continué à militer sur un certain nombre de sujets, notamment contre les licenciements de travailleurs qui avaient décidé de constituer une section syndicale, notamment à Sevital à Bejaïa, un grand complexe industriel de l’agroalimentaire, détenu par l’un des oligarques du régime, Rebrab, qui est considéré comme l’une des plus grandes fortunes d’Afrique. Il y a eu un comité de soutien aux travailleurs qui ont été licenciés il y a quelques années, notamment à NumiLog, où il y a eu un grand mouvement de solidarité avec ces travailleurs. Le droit syndical était absolument interdit dans ce complexe, et pourtant la section syndicale qu’il voulait mettre en place était une section de l’Union générale des travailleurs algériens, c’est-à-dire le syndicat proche du pouvoir !

Ensuite, Lyes a aussi été très présent dans les mobilisations, notamment au plan écologique, contre le bradage et la privatisation d’une bande boisée côtière au bord de la plage, sur presque une dizaine de kilomètres, qui devait être privatisée pour construire des hôtels. Lyes a été une figure de la mobilisation et de l’animation de la mobilisation contre ces projets, au côté de la population d’Aokas notamment.

Il a été aussi présent dans des actions de solidarité, par exemple, pendant le Covid, où il a joué un rôle très précieux dans la mobilisation pour la solidarité, avec les citoyens et les citoyennes affectés, et il a joué un rôle pour construire une solidarité, notamment en termes de moyens matériels, de dons, etc., pour des médicaments, des appareils d’oxygène, etc. D’après les témoignages des citoyen·nes d’Aokas, grâce à cette action au centre de laquelle il était, au centre de cette mobilisation, on a sauvé beaucoup de vies.

À Aokas, par exemple, on a voulu imposer l’implantation d’une sorte de dortoir pour les policiers, appelé célibatorium, et la population et les jeunes étaient contre ce projet. Il y a eu une mobilisation et le camarade Lyes a été poursuivi plus d’une fois concernant cette mobilisation.

 

Dans le viseur de la police

Il y a eu trois ou quatre poursuites, parfois jusqu’au niveau judiciaire, parfois uniquement des convocations policières. Globalement, il a été harcelé au niveau policier : des gardes à vue, des PV à signer, etc. Il a même fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national et s’est fait confisquer son passeport. 

Cette fois, on lui reproche des publications sur sa page Facebook. Ce sont des attaques contre sa liberté d’expression, à exprimer ses opinions, à militer par la communication, à travers les réseaux sociaux. Il faut rappeler aussi le contexte : en Algérie, on est dans une situation répressive. Ça ne concerne pas que Lyes Touati, il y a beaucoup d’autres militantes et militants, soit politiques, soit associatives, soit syndicalistes, soit des citoyens tout simplement, qui s’expriment publiquement sur les réseaux sociaux. Depuis 2021, il y a des ajouts, qu’on appelle des amendements, au Code pénal algérien, des articles qui s’appellent BIS — comme le 87bis dont on va parler ici, avec plusieurs alinéas, qui criminalisent la liberté d’expression sur un certain nombre de sujets, sur la diffusion d’informations, sur des activités liées particulièrement à la liberté d’expression sur les réseaux sociaux. Ces dispositions juridiques nouvelles alourdissent les peines et les sanctions.

Le procureur et le juge d’instruction qui l’ont auditionné ont estimé que Lyes est concerné par cet article, 87 BIS alinéa 12, ce qui signifie qu’il risque de 5 à 10 ans de prison, uniquement parce qu’il a écrit le 11 octobre une publication qui attaque le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK). 

 

La question Kabyle

MAK est un mouvement fascisant, qui revendique l’indépendance de la région d’Algérie où réside notre camarade. Ce mouvement est né après les événements de 2001 — ce qu’on appelle le Printemps noir, c’est-à-dire les grandes émeutes qui ont eu lieu en Kabylie. Le Printemps noir a connu une répression féroce, avec l’assassinat de 128 jeunes, après plusieurs mois de révoltes.  Ces dernières années, la revendication de MAK ont évolué vers l’indépendance. Ce mouvement s’autoproclame représentant de la Kabylie sans la moindre consultation de la population de Kabylie, très majoritairement contre l’indépendance. Cela pour des raisons diverses, notamment dues à l’histoire : la Kabylie est l’une des régions qui a le plus résisté et combattu le colonialisme français, pendant la guerre de libération nationale. C’est l’une des régions qui a donné le plus de martyrs de l’indépendance algérienne entre 1954 et 1962. Même si elle a ses spécificités culturelles, linguistiques, identitaires, ce qui l’a amenée à mener de grandes mobilisations, de grandes luttes, depuis l’indépendance, car c’est une des questions identitaires dues à notre longue histoire, notamment coloniale. 

Cette problématique spécifique à la Kabylie est, en quelque sorte, instrumentalisée par ce mouvement séparatiste et indépendantiste. Il a même constitué un gouvernement en exil depuis quelques années avec des ministres. Ils ont organisé plusieurs manifestations pendant le génocide mené par l’État d’Israël, à Paris, avec des drapeaux israéliens, en contradiction avec toutes les mobilisations populaires pour la Palestine sur le globe entier. Nous espérons que le mouvement pour la Palestine crée une dynamique, pour changer les rapports de force à l’échelle mondiale, face à la barbarie montante et au fascisme, représenté notamment par le sionisme, qui est, comme on le sait, l’une des béquilles de l’impérialisme des États-Unis et l’impérialisme en général dans la région du Moyen-Orient.

MAK avait annoncé qu’il allait organiser un congrès à Paris, en France, là où ils sont exilés. Même si c’est un groupuscule, il publie des témoignages, des vidéos. Notamment des témoignages de personnalités sur le financement de ce mouvement par le mouvement sioniste et par un autre vassal de l’impérialisme, les Émirats arabes unis, par la dictature monarchique du Maroc, etc. Le 14 décembre, ce mouvement a fait solennellement une déclaration d’indépendance en France. Mais bien avant cela, notre camarade Lyes a publié en octobre une déclaration pour dénoncer ce mouvement que nous combattions, et que nous combattons encore depuis toujours. Il a ainsi publié une photo de la célèbre députée européenne de La France insoumise, palestinienne, Rima Hassan, qui a brillé notamment par sa participation à la flottille contre le blocus de Gaza et contre le génocide et les bombardements sur Gaza. À l’occasion de ses fiançailles, elle a publié sur ses pages une photo d’elle où elle pose en robe kabyle. C’est un clin d’œil à la Kabylie et avec l’Algérie, qui apparaît comme l’un des pays arabes qui refuse la normalisation avec Israël et dont le régime a exprimé des positions très honorables par rapport à la question palestinienne. Et donc notre camarade a publié sa photo, et avec un petit commentaire où il disait « dédicace aux pro-sionistes, notamment à leur tête, Ferhat Mehenni », celui qui s’est auto-proclamé président de la Kabylie avec son groupe.

 

La police fait feu de tout bois

Normalement, si on a un niveau minimal de compréhension des choses, c’est clairement une attaque contre le MAK. C’est indiscutable. Mais la police lui a dit qu’une dédicace c’est un hommage au MAK, que le régime a déclaré, dans une loi, comme étant un mouvement terroriste. Quand il a été convoqué le 14 décembre par la police locale, qui l’ont transféré, à la police au niveau du département, on lui a demandé aussi qui est cette femme en robe kabyle, etc. Ensuite, on a commencé à chercher dans son téléphone et on lui a demandé ce que sont ces discussions privées sur Whats- App dans un groupe nommé SN (pour Secrétariat national). Il s’agissait de nous, ses camarades du PST, de moi, d’un autre camarade qui est devenu d’ailleurs aussi l’une des victimes de la répression, le professeur Kamel Aïssat, et d’autres camarades du PST, qui a été suspendu en 2021, et dans lequel nous militons depuis sa fondation en 1989. Moi-même, je viens, auparavant, de ce courant, dont l’organisation s’appelait Groupe communiste révolutionnaire, pendant les années de clandestinité, avant le multipartisme mis en place en Algérie en 1989. C’est un courant connu pour ses positions, sur tous les sujets. Lyes fait partie du groupe privé SN parce que c’est un des membres élus depuis le dernier congrès du PST, avant sa suspension. La liste a été transmise en ministre de l’Intérieur algérien après le congrès, parce que c’était une exigence à l’époque, avec un huissier de justice et un procès-verbal.

Par conséquent, Lyes Touati, membre de la direction du PST, ne peut pas être membre d’une autre organisation, comme on veut le faire croire à travers leur cabale répressive. Ils ont également déniché une publication Facebook de Lyes dans laquelle une militante du MAK publie un commentaire – comme si on pouvait interdire aux gens de réagir sur une publication, ça ne veut pas dire qu’on connaît la personne, qui peut être de n’importe quel pays du monde –, et Lyes a répondu à cette femme que si elle voulait parler avec lui, il fallait le faire en privé. Il a fait cela évidemment pour éviter qu’elle fasse leur propagande. Donc on lui reproche cette discussion de 2021 !

Voilà ce dont il s’agit sur le plan juridique. Ensuite, le juge d’instruction, le 16 décembre, deux jours de garde à vue, a décidé du mandat de dépôt sous couvert de l’article 87bis alinéa 12, et il est donc en prison depuis le 16 décembre à la prison de Oued Ghir, près de Bejaïa, en attente du procès. Les avocats de Lyes organisent sa défense et ont demandé dès le lendemain de son incarcération sa mise en la liberté provisoire. Cette demande a été examinée le 30 décembre de 2025 et refusée. Dans les procédures, les libertés provisoires sont demandées devant la Chambre d’accusation. Une nouvelle demande sera effectuée un mois plus tard. Vu l’aberration des poursuites engagées contre notre camarade Lyes dans cette affaire, il y a probablement eu un excès de zèle de services de sécurité. Ils ont certainement mal compris, et ils peuvent rattraper le coup en libérant Lyes. Comme le disaient un certain nombre de personnalités politiques en Algérie, comme par exemple Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des travailleurs, un parti proche dans le combat que nous menons, dans l’une de ses vidéos récentes, non seulement Lyes Touati doit être libéré mais Louisa Hanoune a appelé le président de la République à présenter des excuses à Lyes, parce que c’est une figure connue depuis très longtemps pour ses positions contre le MAK et comme militant, anticapitaliste et socialiste, pour les libertés démocratiques et pour la justice sociale, un militant anti-impérialiste connu en Algérie.

 

Une pétition qui fait le tour du monde

Il y a aussi d’autres personnalités politiques qui ont signé la pétition de solidarité avec Lyes1, comme le président d’un parti démocratique connu en Algérie depuis 1989, le RCD, Rassemblement pour la culture et la démocratie, Atmane Mazouz. Cette pétition a été lancée au niveau national et international pour exiger la libération immédiate de notre camarade Lyes Touati. Un autre mouvement l’a signé, qui est dans la même situation que le PST, c’est-à-dire suspendu depuis deux ans, le Mouvement démocratique et social (MDS). Ce sont des partis parmi les plus en vue en termes de combat démocratique.

Cette pétition a dépassé nos objectifs et nos espérances : en Algérie il y a plusieurs personnalités, syndicalistes, militant·es associatifs, etc. qui ont donc signé. Sur le plan international, nos camarades ont signé d’un peu partout, notamment des camarades anticapitalistes du courant de la Quatrième internationale, avec lequelle on a une solidarité politique depuis les années de clandestinité. C’est une solidarité politique dans le combat que nous menons, même si on n’a pas le droit d’avoir des liens organiques parce que la loi algérienne ne le permet pas. Nous exprimons publiquement notre solidarité, notre sympathie avec les camarades de la Quatrième Internationale, que nous remercions à cette occasion pour leur engagement, leur mobilisation dans le cadre de cette campagne pour libérer notre camarade. Il y a aussi tous les autres courants démocratiques de gauche, mais aussi des personnalités de divers horizon et de premier plan, des universitaires, des artistes, des associatifs, des syndicalistes de renom.

La pétition a dépassé les 1 500 signatures sur tous les continents, et notamment des pays les plus proches, du Maghreb.

Nous espérons et demandons la libération immédiate et l’abandon de toute poursuite contre notre camarade Lyes et aussi la cessation immédiate du harcèlement auquel il fait face depuis plusieurs années. C’est une occasion aussi de revendiquer la libération tous les détenus politiques et d’opinion en Algérie, le rétablissement des libertés démocratiques et syndicales, qui sont malmenées, l’ouverture du champ médiatique. 

  • 1. Partagez la pétition https ://liberte-lyes.org