Victimes de la propagande, de nombreux jeunes Africains en quête d’une vie meilleure rejoignent la Russie. Ils n’y trouvent pourtant que la violence de la guerre — et trop souvent, la mort.
Pour pallier le manque de soldats, les autorités russes ont mis en place des campagnes de recrutement en Afrique, d’abord par l’intermédiaire des mercenaires de Wagner, avant que ces filières ne se diversifient.
Des filières aux mains d’une élite véreuse
Le recrutement cible deux types de profils.
Des jeunes femmes sont enrôlées afin de fournir de la main-d’œuvre au complexe militaro-industriel Alabuga, situé au Tatarstan. On leur promet une formation et un bon salaire. Les campagnes de publicité cachent soigneusement qu’il s’agit de travailler dans des usines de fabrication de drones destinés au conflit, parfois exposées à des bombardements ukrainiens.
Un recrutement plus discret vise des hommes envoyés au front. Les promesses d’embauche évoquent des emplois non combattants — chauffeurs, infirmiers ou cuisiniers —, mais la réalité est tout autre. Ces réseaux, très lucratifs, sont dirigés par des hommes d’affaires et des politiciens. En Ouganda, par exemple, le député Edson Rugumayo, membre du parti au pouvoir et délégué de la Jeunesse, y joue un rôle clé. En Afrique du Sud, la femme d’affaires Lebogang Zulu, représentante de son pays à la « BRICS Women’s Business Alliance », est également impliquée, tout comme l’une des filles de l’ancien président Jacob Zuma, dont le parti, le MK, affiche des positions ouvertement prorusses.
Le cas le plus emblématique reste celui du Kenya, où le gouvernement de William Ruto encourage activement la jeunesse à émigrer. Alfred Mutua, ministre du Travail, a incité les jeunes, dans le cadre du programme de « labour mobility », à partir travailler en Russie, contribuant ainsi à légitimer l’idée que ce pays représentait une destination sûre. C’est ainsi que des centaines de KényanEs se sont retrouvéEs sur le front.
De l’espoir à l’enfer
Pour les jeunes femmes, les conditions de vie et de travail sont particulièrement difficiles. Le salaire réel est bien inférieur à celui qui leur avait été promis. La surveillance est constante, elles ne peuvent sortir librement et vivent confinées dans des dortoirs. Elles manipulent des produits toxiques sans aucune protection.
Quant aux jeunes hommes, dès leur arrivée à l’aéroport, leurs passeports sont confisqués. Ils signent un contrat en russe, qu’ils ne comprennent pas, puis suivent une formation sommaire au tir de deux semaines avant d’être envoyés au front, souvent dans les zones les plus dangereuses. Leurs régiments sont composés majoritairement d’étrangers, mais aussi de Russes sortis de prison ou dépendants à la drogue. La seule échappatoire consiste parfois à se blesser volontairement ou à tenter de franchir les lignes ukrainiennes. Sans passeport, leur rapatriement devient quasi impossible.
Les mobilisations des familles ont contribué à mettre en lumière ce trafic d’êtres humains, rendu possible par la duplicité d’une élite africaine complice d’une hiérarchie militaire russe criminelle.
Paul Martial