Jusqu’à 380 personnes noyées en Méditerranée centrale la semaine dernière en tentant de rejoindre l’Europe pendant le passage du cyclone Harry. Ce nouveau naufrage massif est le produit d’un régime frontalier qui organise la mise à mort des migrantEs, dans une très raciste indifférence.
Un premier naufrage a causé au moins cinquante mortEs. Un seul survivant a été secouru après avoir dérivé vingt-quatre heures accroché à des débris. Le bateau était parti de Tunisie le 20 janvier. Deux jumelles guinéennes d’un an sont présumées mortes près de Lampedusa après que leur embarcation surchargée a été frappée par la tempête. Huit embarcations parties de Sfax sont toujours recherchées, et les garde-côtes italiens estiment que jusqu’à 380 personnes ont pu périr.
Ces chiffres ne disent qu’une partie de la réalité : de nombreux naufrages ne sont jamais recensés, et des milliers de disparitions restent invisibilisées.
Frontex, l’ICE de l’UE
En 2025, 66 296 personnes sont arrivées par mer en Italie, un chiffre en baisse depuis 2023 après le renforcement des accords avec la Libye et la Tunisie. Ces politiques d’externalisation des frontières ne réduisent pas la migration, elles en déplacent les routes et accroissent leur dangerosité.
L’agence Frontex joue un rôle central dans ce dispositif : surveillance, coopération avec des garde-côtes impliqués dans des violations massives des droits humains, refoulements illégaux. À cela s’ajoute la criminalisation des ONG de sauvetage, avec amendes, saisies de navires et obligations de débarquement dans des ports lointains. Moins de secours, plus de morts.
Depuis 2014, au moins 25 000 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée centrale. Ces morts sont le produit d’un racisme d’État qui hiérarchise les vies. Il est nécessaire de dénoncer l’ICE aux États-Unis, mais il serait hypocrite de limiter la critique à l’autre côté de l’Atlantique. Les polices des frontières européennes, Frontex, les accords avec des régimes autoritaires et les politiques de dissuasion meurtrière constituent un système cohérent de violence institutionnelle. L’Europe est un autre pôle de la même politique de mort.
Pour la liberté de circulation
Le cyclone Harry révèle la convergence entre crise climatique, impérialisme et fermeture racialisée des frontières. Faute de voies légales, des milliers de personnes continuent de risquer leur vie, même sous une tempête, pour fuir la guerre, la misère et la destruction sociale produites par le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme.
Mettre fin à cette hécatombe suppose de rompre avec l’externalisation des frontières, de démanteler Frontex, de cesser la criminalisation de la solidarité et d’imposer la liberté de circulation et d’installation. Tant que la frontière sera un outil de gestion raciale de la force de travail, la Méditerranée restera un charnier.
Les 6 et 7 février seront organisées dans de nombreuses villes de France une Commemor’action annuelle en hommage aux mortEs et disparuEs en mer et aux personnes décédées aux frontières terrestres, pour dire « Ni oubli, ni pardon ! Liberté de circulation et d’installation ! » Il faudra y être en nombre pour refuser ces politiques de la mort.
Olivier Lek Lafferrière