Lundi 13 avril, une cinquantaine de personnes se sont réunies pour discuter de la bataille pour l’hégémonie, un « concept » élaboré par Antonio Gramsci largement recyclé depuis par nos pires ennemis…
Les interventions de l’historienne Stéfanie Prezioso ont d’abord permis de bien réancrer le militant-intellectuel italien Gramsci dans notre camp.
Hégémonie : remettre le poing sur le i
Celui qui a passé la dernière décennie de sa vie dans les prisons fascistes est aujourd’hui l’objet de toutes les récupérations. Depuis les années 1970, l’extrême droite a voulu en faire une figure vidée de son contenu de lutte des classes, en séparant celui qui a pourtant dirigé le Parti communiste italien de la pensée de Marx ou de Lénine afin d’en faire un théoricien de la contre-hégémonie assimilable par toutes les idéologies nationalistes.
À l’opposé, la réunion a permis de rappeler que quand Gramsci parle de la bataille pour l’hégémonie, il ne sépare pas celle-ci des luttes économiques, sociales et politiques que mène la classe ouvrière italienne à partir du biennio rosso en 1919 et 1920, et que cette lutte pour l’hégémonie s’inscrit bien dans la séquence révolutionnaire ouverte par la révolution russe.
Élargir la lutte des classes
En présentant l’hégémonie selon Gramsci comme la capacité d’une classe sociale à susciter et organiser le consentement d’autres groupes sociaux, le chercheur en philosophie Yohann Douet repose ainsi dans quel cadre le théoricien italien pensait la question du pouvoir de classe.
C’est aussi de cette façon qu’est posée la question de l’État, pas seulement dans sa fonction répressive mais aussi comme un ensemble d’institutions qui organisent le consentement du plus grand nombre aux intérêts de quelques-uns, la bourgeoisie (Église, école, presse et médias, etc.).
Il s’agit donc d’un terrain d’affrontements sur lequel la classe dominée doit aussi défendre ses intérêts. Une « guerre de position » pensée comme une lutte prolongée pour affirmer la légitimité de notre camp social et sa capacité à diriger la société. Ce qui fait de la lutte pour l’hégémonie un élargissement de l’arène de la lutte des classes.
Avec, pour conséquence de cette belle réunion, une véritable envie de se (re)plonger dans les écrits du théoricien militant italien. Prochaine séance le lundi 18 mai avec la philosophe Anne Alombert, le journaliste d’investigation Clément Pouré et la militante syndicale Linda Sehili autour d’un sujet lui aussi central : « L’intelligence artificielle est-elle fasciste ? » On espère vous y voir nombreuses et nombreux.
Correspondant