Le lundi 18 mai, le Centre d’études marxistes organisait sa première soirée consacrée à l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle constitue aujourd’hui un enjeu social, politique et écologique majeur. Elle transforme tous les aspects de nos vies : le travail, l’éducation, les loisirs ou encore l’accès à l’information. Elle représente également un secteur d’investissement central pour les capitalistes, souvent en quête de nouveaux débouchés pour leurs capitaux. Pourtant, ses mécanismes comme ses conséquences demeurent encore largement méconnus. La soirée a rassemblé une cinquantaine de participantEs, témoignant d’un réel intérêt et d’une forte curiosité pour ces questions.
Rationalisation et contrôle
Clément Pouré, journaliste indépendant travaillant notamment pour Mediapart et syndicaliste au SNJ-CGT, est l’auteur du livre Les nouveaux contremaîtres : enquête sur la surveillance du travail à l’heure de l’intelligence artificielle. Son intervention a porté sur l’histoire de la quantification et de la standardisation du travail, autrement dit le taylorisme. Il a montré comment les outils d’intelligence artificielle prolongent, renforcent et démultiplient les logiques de rationalisation de la production et de contrôle de la force de travail.
Division internationale du travail
Linda Sehili, secrétaire nationale du syndicat Solidaires Finances publiques, travaille depuis de nombreuses années sur les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Son intervention a permis de comprendre comment ces technologies approfondissent des mécanismes déjà à l’œuvre dans la division internationale du travail et la surexploitation des travailleurEs des pays du Sud. Elle a notamment évoqué aussi bien la production des puces électroniques nécessaires à l’IA que le travail d’annotation et d’apprentissage réalisé par des travailleurEs soumisEs à des tâches répétitives, fragmentées et aliénantes.
Aliénation de nos capacités
L’intervention d’Anne Alombert, philosophe travaillant sur l’impact des technologies sur l’esprit et les pratiques humaines et autrice du livre De la bêtise artificielle, a porté sur l’aliénation de nos capacités de mémoire et de réflexion par l’intelligence artificielle. En présentant de manière accessible la pensée de Bernard Stiegler, elle a permis d’ouvrir des questionnements plus fondamentaux sur l’être humain et sur la nature profondément politique des technologies.
Cette soirée constituait l’avant-dernière rencontre de l’année avant celle du 15 juin, consacrée au Front populaire de 1936, avec Ludivine Bantigny et Patrick Le Moal.
Les introductions des interventions seront prochainement disponibles sur la chaîne YouTube du Centre d’études marxistes : @étudesmarxistes.
Le Centre d’études marxistes vous donne également rendez-vous à l’université d’été du Nouveau Parti Anticapitaliste, où il animera plusieurs ateliers ainsi qu’une réunion ouverte destinée à développer ses activités.
Camille Nashorn