Créés en 1971, les Émirats arabes unis (EAU), une fédération de sept émirats, interviennent au Soudan (soutien de la milice responsable du massacre d’Al-Fasher), au Yémen (confrontation avec l’Arabie saoudite) et dans toute l’Afrique où ils multiplient les projets miniers, l’accaparement des terres, le contrôle des voies de communication.
Le rapport entre expatriéEs et émiratiEs est spectaculaire. La croissance fulgurante de Dubaï et Abou Dabi a entraîné des migrations massives de travailleurEs d’Asie du Sud puis d’Afrique de l’Est. En 2025, 88,5 % des 11,3 millions d’habitantEs sont des expatriéEs, 1,18 million seulement des ÉmiratiEs.
La pyramide sociale rigide est très inégalitaire. Les plus nombreux et les plus exposés aux stress climatiques, aux accidents du travail, sont les travailleurEs sous contrats temporaires. Les femmes domestiques, cruciales pour les classes supérieures, constituent le groupe le plus vulnérable du pays. En haut, les élites de la « global business class » forment une fraction privilégiée largement intégrée aux élites émiraties.
La kafala, contrôler étroitement la main-d’œuvre
La kafala est un système de parrainage qui place le visa, le travail et la résidence d’unE migrantE sous le contrôle de son employeur. Cette dépendance étroite permet, en pratique, le travail forcé. Il suffit que l’employeur annule le contrat pour que la personne soit expulsée. Illégale, la confiscation des passeports est massivement pratiquée dans la construction, la sécurité, l’hôtellerie et le travail domestique, empêchant de fuir un abus ou de quitter le pays. L’obligation de passer par des intermédiaires entraîne un endettement qui alourdit la dépendance.
Ce système permet à l’État et aux employeurs de maintenir la grande masse de prolétaires expatriéEs dans un quasi-esclavage. La kafala combine la surexploitation de la main-d’œuvre et son contrôle policier strict.
Économiser l’entretien et la reproduction de la force de travail
Les expatriéEs gagnent peu, vivent dans des camps, n’ont pas le droit de s’installer durablement, mais envoient la majeure partie de leur salaire à leurs familles. Ces transferts constituent les « rémitances ». Essentiels pour les pays d’origine, ces fonds représentent une ressource cruciale en devises étrangères. Les États émetteurs de main-d’œuvre en sont structurellement dépendants. Ce système contribue à renforcer la discipline de la main-d’œuvre dont les familles dépendent.
Pour les EAU, l’intérêt est majeur : tout ce qui a trait à la reproduction sociale (éducation, santé, soins aux parents) est pris en charge dans le pays d’origine, ainsi que tous les coûts liés à la main-d’œuvre (retraite, chômage, maladie, accidents du travail). Les EAU ne paient que la force de travail brute — ni l’entretien ni la reproduction.
Aucune protection sociale
Depuis les années 2000, des grèves contre les salaires impayés et les conditions de vie et de travail dangereuses sont menées mais systématiquement réprimées. Il n’y a aucun mécanisme institutionnel de négociation collective, aucune organisation syndicale autorisée, aucun droit de se syndiquer. La défense des droits sociaux passe par des ONG, des organisations syndicales internationales, les agences consulaires des pays d’origine. Les réseaux communautaires des expatriéEs, sans statut légal, restent les plus utiles : ils créent des caisses de solidarité, partagent l’information, organisent des micro-protestations.