Publié le Mercredi 11 février 2026 à 10h34.

Une égalité émancipatrice

La beauté de la gratuité, c’est qu’elle est égalitaire : qui que l’on soit, on a le même accès à un service. Évidemment, pour que cette égalité ait un sens, le service, en l’occurrence les transports en commun, doit être efficace, adapté aux besoins réels. 

Dans les 40 villes (dont une douzaine de plus de 100 000 habitantEs) dans lesquelles la gratuité est en place, elle modifie les liens sociaux, elle ­transforme la vie des gens, la vie en société.

La gratuité n’a rien à voir avec la tarification sociale

La tarification sociale oblige les pauvres à se justifier pour avoir des tarifs inférieurs. Pour les aides sociales, cette démarche discriminante exclut un tiers des personnes concernées, tout en créant des divisions au sein des classes populaires. Et elle ne modifie pas en profondeur la fonction des transports. 

D’autres mesures transitoires égalitaires sont possibles pendant les travaux et investissements pour la gratuité totale, par exemple gratuité le week-end, ou par tranche d’âge, les moins de 25 ans, plus de 65 ans.

Alors on va nous dire qui paye, comment c’est possible ? Les recettes de la billetterie sont marginales dans les budgets des transports. Tous les investissements sont financés par les collectivités. Dans le budget de fonctionnement, les recettes de la billetterie ne représentent en moyenne que 17 %, le reste est payé à égalité par les finances de la collectivité et par la taxe payée par les entreprises (voir l’encadré).

Un choix de société

En fait, lorsque la gratuité est instaurée, ce n’est pas la compensation de la billetterie qui coûte le plus, c’est l’augmentation de la fréquentation qui oblige à des investissements d’une tout autre ampleur. Partout où la gratuité de transports adaptés aux besoins a été instaurée, la fréquentation a explosé, 30 % de plus à Montpellier la première année, à Dunkerque, plus 165 % en 6 ans !

Assurer le droit à la mobilité, comme le droit à une école ou à des soins de qualité, ou aux premiers m³ d’eau, est un choix de société. Parler de gratuité n’est pas nier le coût du service, c’est combattre cette société capitaliste de marchandisation débridée où la perception que l’on a de la valeur des services est « obnubilée » par la représentation marchande.

Promouvoir cette gratuité d’émancipation, à partir des besoins sociaux et écologiques, c’est rogner de l’espace, de la puissance au libéralisme, à la tendance à la privatisation généralisée, au règne de l’argent, c’est combattre en pratique le « à chacun selon ses moyens financiers », et instaurer « à chacun selon ses besoins… ».