Publié le Jeudi 1 janvier 2026 à 11h00.

La tête dans le mur. Un journaliste en déroute au Trumpistan, d’Émilien Bernard

Éditions Lux, 2026, 304 pages, 18 €.

Après Forteresse Europe en 2024, Émilien Bernard propose, avec La tête dans le mur, un road-trip déjanté ambiance Las Vegas Parano, aussi drôle que révoltant, aussi clairvoyant qu’enfumé, aussi dépaysant que familier… Une pépite.

C’est une histoire presque vraie. À 80 %, nous dit l’auteur. À nous de deviner, parmi les rebondissements improbables et les rencontres hallucinantes (voire hallucinées), de choisir ce que l’on voudra croire.

Le mur de Trump

Tous les chiffres, toutes les informations relatives aux personnes migrantes sont, quant à elles, parfaitement justes. Car c’est de cela qu’il s’agit : un documentaire plus qu’engagé sur le « mur de Trump » — bien plus, en fait, que la seule initiative du locataire « à tête de chips » de la Maison Blanche — et sur celleux qui, chaque jour, risquent leur vie pour tenter de le franchir ou venir en aide aux candidatEs à l’asile. Alternant villes frontalières étatsuniennes et mexicaines, de la Californie au Texas, Emilien Bernard, accompagné de son amie caméra au poing, retrace la ligne d’arrivée de l’une des routes migratoires terrestres les plus meurtrières au monde, et les parcours de celles et ceux dont les vies gravitent autour.

Une succession de rencontres

Parsemé de meetings MAGA (et même de Trump « himself » !) en pleine campagne électorale de 2024, de visite au Border Patrol Museum et de discussions avec des rednecks complotistes pur jus — l’auteur ne reculant visiblement devant aucune souffrance par amour de son art — La tête dans le mur est une succession de rencontres inspirantes, d’un côté comme de l’autre de la frontière.

Embarqué au côté de différentes associations engagées pour apporter eau, vêtements ou réconfort aux migrantEs, Emilien Bernard, à grand renfort de substances apaisantes, prend la mesure du fascisme dans lequel sombre le « pays de la liberté », écho des dérives documentées en Europe pour son précédent ouvrage. Si la dépression de l’auteur n’était déjà avérée, il n’en faudrait probablement pas plus pour l’y faire basculer.

Le sujet pourrait être désespérant. La situation l’est indéniablement, à plus forte raison quelques mois après son écriture, ICE désormais en roue libre. Mais ce livre, sarcastique et hilarant, permet de garder à l’esprit que mettre la tête dans le sable ne fera pas passer la tempête, et que chaque engagement, goutte d’eau d’humanité dans un océan de racisme étatique, peut sauver quelques vies ou, au moins, contrer l’abattement ambiant.

Cyrielle L. A.