Traduites de l’allemand par Frédéric Metz. Éditions Pontcerq, 332 pages, 23,50 €.
Voilà enfin que paraissent en un recueil, et en français, une sélection des Historiettes imputables à J. P. Hebel. Nous avons, en son temps, présenté l’ouvrage qui situait Hebel et sa production littéraire, et nous attendions avec impatience la publication des Historiettes elles-mêmes. Voilà qui est fait. Nous le devons bien sûr à Pontcerq, maison d’édition basée à Rennes, que notre excellent journal ne manque généralement pas de faire connaître à l’occasion de ses parutions.
Quelles histoires !
L’Ami de la maison du pays rhénan (titre que prend en 1808 l’almanach qu’édite J. P. Hebel, professeur de lycée dont le salaire suffit péniblement à son entretien personnel) est à la fois l’écrin et le vecteur de toutes ces petites histoires dont Walter Benjamin dit un jour « qu’elles ont toutes un double fond ». Est-ce à dire que ces textes populaires sont lisibles à plusieurs niveaux ? Accessibles à de jeunes lecteurs qui accèdent aisément à leur signification première, elles recèlent une profondeur dont les lecteurEs plus avertiEs, par exemple adultes, font leur miel. À la façon des fables, les Historiettes comprennent souvent une morale à double détente.
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L’almanach, que faisaient circuler les autorités religieuses, est édité en octobre, diffusé sur les marchés d’automne du Bade, puis colporté auprès du peuple de la région. Ainsi, l’auteur, qui s’annonce de lui-même comme « l’ami de la maison », est-il invité à pénétrer la vie intime de ses lecteurEs, comme pouvaient le faire, par le même truchement, les boutons, les rubans, les coupons, les images pieuses et les nouvelles du monde. Dans de nombreuses régions de l’Europe de cette époque, les colporteurs sont le lien des villageoisEs, parfois isoléEs, avec le reste du monde. C’est dire l’importance sociale des écrits qu’apporte l’almanach, l’impact attendu de son contenu sur les âmes ainsi abordées. Le contenu des Historiettes doit donc être attrayant, distrayant et édifiant.
Un livre de chevet
Rassemblées en un livre, les Historiettes composent une somme évoquant les fabulistes, et pourquoi pas le Don Quijote de Cervantes. Les mésaventures de ses personnages, qu’ils soient des gens du peuple ou de petits notables, tout à fait ordinaires ou plutôt hauts en couleurs, sont racontées avec simplicité, dans un style alerte, plein de subtilité, qui donne à l’ouvrage les qualités nécessaires à un bon livre de chevet. Il est conseillé d’en lire une ou deux le soir afin de sombrer dans un sommeil réparateur, dans l’espoir de susciter des rêves agréables, empreints d’une ironie à même de rendre supportable la dureté du monde.
Vincent Gibelin