PISTES POUR UN PROGRAMME ECOLOGIQUE DANS UNE ECONOMIE SOCIALISTE
LE CONSTAT. LE CAPITALISME, LES CRISES ECOLOGIQUE, ECONOMIQUE, SOCIALE.
Paupérisation globalisée : 1 milliard d'humains affamés (0,5milliards en 1970), 1milliard de sans abri, 1 milliard vit avec moins de 1€ par jour, 20% de la population accumule plus de 80% des richesses, les 300 plus grandes sociétés multinationales détiennent presque 1000 milliards d'€ de réserves. La captation des richesses par quelques dizaines de milliers de personnes redonne du sens à la lutte des classes, effectivement occultée par l'idéologie de la classe dominante.
Crise écologique et sociale. L'exploitation des matières premières, le productivisme agricole, industriel, la production énergétique corrélée à la « croissance sans limites »,ont généralisé, à l'ensemble de la planète, des pollutions, des pertes de biodiversité, qui mettent la planète entière en danger. La vie elle même paraît mise en question, l'espérance de vie est en chute libre dans de nombreuses régions du monde, chez nous, on dissimule aussi sa baisse annoncée liée à l' « épidémie des cancers », partie émergée de la dégradation à venir de l'état de la santé publique. Sur toutes ces questions, l'expérience des dictatures bureaucratiques improprement nommées « communistes », n'ont pas offert de perspectives meilleures que le capitalisme.
La crise climatique annoncée, les déforestations, la raréfaction des terres agricoles, pour partie dégradées, ou occupées pour des productions non alimentaires, l'eau et l'air pollués, vont provoquer des catastrophes humanitaires, pour l'environnement, la biodiversité.
Les guerres, déjà sous nos yeux,donnent une idée des conflits à venir pour l'eau, les matières premières, les plus puissants arrachant par la force leur part dans la pénurie inéluctable : fin annoncée des énergies fossiles, incapacité de l'agrochimie à nourrir les 6,5 milliards d'humains...
Ce scénario ne laisse aucune chance aux pauvres, ni dans les pays « développés », ni dans les autres.
L’état culpabilise les individus par rapport aux problèmes environnementaux, pourtant, 96 % de la pollution est industrielle.
L'économie capitaliste tente des rafistolages, le « capitalisme vert » vient d'inventer le « développement durable », formule servie à toutes les sauces, puisqu'il n'existe plus une seule multinationale, même parmi les plus nuisibles, qui ne soit pas convertie à la « durabilité ». L'objectif est bien sûr de faire durer les profits, avant tout, et la tartuferie du Grenelle de l'environnement symbolise la conversion de ce capitalisme, équipé de son faux nez (vert). Les faits sont têtus, la compatibilité de l'économie de marché et de l'écologie ne peut se réaliser dans la durée, car tous les compteurs sont au rouge, et continuer à faire route avec comme seul cap, la croissance, fût elle grimée d'oripeaux vernis de vert, ne conduit qu'au chaos, le « développement durable » n'étant au mieux capable que d'en retarder l'échéance. (analyse identique pour le sommet de la terre-1992- , le protocole de Kyoto 1998-2005, agenda 21...)
QUELLES SOLUTIONS ?
Rompre avec les modèles de la société capitaliste, avec le productivisme, la société « de consommation ». Il s'agit d'assurer à chaque être humain, la possibilité d'accéder à la dignité niée si les besoins essentiels ne sont pas assurés: qualité de l’eau, l'air, la nourriture, de l’éducation, l’accès à la santé, à un mode de vie privilégiant le bien être, la solidarité, les loisirs, à la place de la compétition, de l'individualisme, du « toujours plus ».
Il faut rebâtir une société de la civilisation, et rompre avec la jungle où seuls les plus forts peuvent tirer un bien être, au détriment du plus grand nombre.
La rupture avec le productivisme, avec comme but d’assurer le bien être de chacun, devra dépendre d'une planification, la plus démocratique possible, afin que les citoyens puissent définir leurs besoins, dans un cadre au sein duquel le bien être des uns ne peut porter préjudice aux autres (ce principe implique la notion de citoyen du monde, l'internationalisme), dans le respect des équilibres écologiques. Ces deux contraintes constituent le préalable de toute activité, de toute production de biens, de services : tout homme peut il y accéder, ne met on pas l'environnement en péril ?
Les conséquences immédiates: abandon de l'automobile pour les transports non ou peu polluants (train, bateaux mer et fleuves) énergies renouvelables (vent, soleil, géothermie, biomasse, marées..), fin du nucléaire, abandon des énergies fossiles et des activités subséquentes- chimie, plastiques.) ,de l'agriculture industrialisée , des OGM (tels que ceux proposés par les multinationales),du tourisme énergétivore, la surproduction des biens et services , remplacée par une consommation impliquant la simplicité, la durabilité réelle des biens et des services, rendant ainsi réalisable pour les mondes pauvres de se hisser à ce que nous avons nommé « bien être »; en finir avec un habitat « individualisé », dévoreur d'espaces agricoles, de besoins en transport, accompagner les projets de vie de façon la plus démocratique vers un habitat à taille humaine, privilégiant la convivialité, la socialisation, et bien sûr la compatibilité écologique ( autonomiser la production d'énergie, choix de matériaux écologiques, recyclables..), réduire la production des déchets à ceux qui soient intégralement recyclables ( fin des incinérateurs, des décharges .;)
Cette révolution ne peut s'envisager sans remise en cause de l'organisation de la société.
La question de la réappropriation collective des moyens de production, pour les biens, les services (santé, éducation, poste, téléphone, transports, énergie, eau,..), s'impose, d'autant que la planification démocratique devra prendre en compte le bien être commun.La reconquête par la collectivité doit redevenir totale pour tout ce qui constitue le «bien commun » : Mer, eau, air, terre (biens naturels) mais aussi énergie, transports, éducation, santé, habitat, gestion des déchets.
2 propositions sont formulées et sont présentées :
1ère proposition : Les travailleurs (marins, paysans, forestiers, exploitants de ressources fossiles, producteurs d’énergie…) ne peuvent en être que des utilisateurs, non des prédateurs. Propriétaires de leur outil de production, ils ne doivent en aucune façon posséder le bien collectif dont ils ne sont en quelque sorte que les gérants.
Les biens communs, actuellement propriété de trusts industriels ou semi industriels seront restitués et redistribués aux peuples de manière à des exploitations à taille humaine, permettant la réflexion du souci de la protection de l’environnement et non plus la production avec des objectifs financiers et spéculatifs, sources de profit pour des actionnaires toujours plus avides de plues values.
Les initiatives individuelles de production sont respectueuses d’une planification de production, de transformation et de distribution prenant en compte, l’intérêt et les besoins collectifs humains alimentaires, sanitaires, écologiques.
On doit exclure toute spéculation, contraire à l’intérêt général, sur les productions extraites ou induites par les biens communs. De même, le modèle que nous souhaitons est en rupture avec le productivisme qui détruit les biens collectifs.
2èmé proposition : Tout reste ouvert sur les modalités de gestion de ces services publics, certains domaines ( régime de propriété des terres agricoles, système de distribution), pourront faire l'objet de formes adaptées en fonction des décisions prises par les citoyens, sociétés coopératives de production , de distribution par exemple, activités en autogestion ..
Certaines activités, semblant aller de soi dans notre organisation sociale actuelle, seront abandonnées, car nuisibles, à l'environnement, ou socialement injustifiables ; à ce titre l'élevage industriel – viande, poissons, crustacés..- est peu compatible avec ces objectifs, et notre prise de conscience doit pouvoir être mise en oeuvre, dès à présent, au rythme de chacun, sans culpabilisation, mais aussi sans remettre à demain ce qui est possible aujourd'hui. L'analyse sociologique montre que nos modes de consommation sont directement liés à nos personnalités, certes, mais sont aussi imprégnés par l' « idéologie dominante » capitaliste, et nous fait mieux comprendre ce qui nous a tous emprisonnés dans des schémas qu'il est nécessaire de pouvoir décoder .
L'excès de viande animale dans nos « régimes » alimentaires est à ce titre symptomatique, car l'élevage industriel, aux mains de puissantes multinationales ( Doux, Glon, Bigard, Cargill, Nestlé, Danone...), n'est possible que par le pillage des ressources agricoles ou maritimes des pays pauvres, et génère d'énormes nuisances environnementales*** . Tous les produits alimentaires « sophistiqués » imposés par les multinationales de la grande distribution présentent des nuisances similaires (éloignement des zones de production, utilisation massive de produits chimiques issus de la pétrochimie, marketing infernal.)
Comme l’agriculture et l’élevage privilégieront les productions extensives, biologiques et locales (agriculture paysanne), la pêche sera principalement artisanale, bannissant les exploitations industrielles (pêche minotière, aquaculture industrielle, pêche à partir d’unités « usines »…
L’agriculture, l’aquaculture et l’élevage biologiques ont mis en place des modes de productions responsables, respectueux de l’environnement, sans OGM, limitant au maximum l’utilisation des produits phytosanitaires, pesticides, herbicides, antibiotiques et autres produits chimiques. C’est ce modèle qui doit servir de référence. Cela n’exclut d’investir dans la recherche pour améliorer et protéger les productions, toujours dans le respect des biens communs définis ci-dessus.
La société que nous construisons abandonnera le productivisme poussé à son paroxysme par les assolements multiples dopés par des produits chimiques ou une sur exploitation de zones de pêche. Besoin de repos biologique, de jachère…
Les nécessaires modifications radicales ou ruptures avec le modèle économique actuel nécessitent une prise en compte du facteur humain. Les travailleurs ne doivent pas pâtir de la révolution écologique. Ces ruptures entraîneront la destruction de millions d'emplois, liés à des activités devenues inutiles et/ou nuisibles ( nucléaire, armement, chimie de synthèse..) mais, dans le même temps, on entrera dans une société où le travail, partagé, correspondra à deux principes fondateurs (utilité sociale et compatibilité écologique), et recréera d'autres millions d'emplois : énergies renouvelables, transports collectifs, infrastructures portuaires et fluviales, ferroviaires, activités agricoles, agro écologie, rénovation et création de l'habitat écologique, reconstitution des services publics, relocalisation des activités de production de biens ( textile, sidérurgie..) ayant été délocalisées ...
Les déséquilibres de la mondialisation devront être corrigés afin de permettre à tous les pays d'accéder à un développement économique capable d'assurer le même type de bien être à tous, donc la priorité d'accès à la dignité universelle devra faire partie de notre programme, pour que chaque humain puisse vivre décemment.
*** 8,5 millions de porcs, 350 millions de volailles, 2, 5 millions de bovins , rien que pour la Bretagne ! Soit l'équivalent en déjections, de 60 millions d'habitants !
Pêche et anticapitalisme
Constats : - La pêche artisanale est principalement biologique. Les produits chimiques utilisés aujourd’hui afin d’obtenir une présentation acceptable peut-être remplacés par des procédés naturels comme la brumisation d’eau de mer sur les prises (langoustines). Les pêcheurs ne sont pas les ennemis de l’écologie
La pêche mondiale est en pleine restructuration. Les gouvernements ont tendance à privilégier la pêche industrielle, ravageuse au détriment de la pêche artisanale. L’Europe a ainsi programmé depuis des années la disparition de la pêche française.
La commission européenne prend souvent des positions technocratiques unilatérales, dont l’argumentation laisse peu de place aux travailleurs de la mer (quotas, aides, choix des matériels de pêche…).
Les dernières décisions gouvernementales et européennes mettent en péril les unités de pêche dont la trésorerie a fortement chuté ces derniers temps (augmentation des charges de gas-oil, concentration des charges portuaires, diminution des prises, cours au plus bas…)
- Plan de casse 2008 basé sur le volontariat (21 bateaux sur 480, 83 emplois supprimés dans le pays bigouden, principale région de pêche fraîche en France, 80 bateaux en France). Les indemnités devant être perçues pour la casse des bateaux n’ont toujours pas été versées, alors qu’au même moment les dettes et les emprunts courent toujours.
- 2009, nouveau plan de casse, imposé et axé sur la viabilité des entreprises de pêche. Audit réalisé par un cabinet spécialisé dont les critères définissant cette viabilité restent sujets à contre verse.
- Concentration des concessions de criée qui implique la disparition pure et simple de ports de pêche à moyen terme (Loctudy, Lesconil…).
- Atermoiements de Bruxelles qui accepte tacitement des subventions nationales face à l’augmentation des charges de gasoil, puis qui demande subitement le remboursement de ces aides sans tenir compte des réalités humaines et professionnelles. Suspension des contrats bleus.
- Quotas de prise transférables, puissance des bateaux transférables qui favorisent les plus grosses unités et les plus gros armements.
- Bateaux trop chers, trop gourmands, salaires en baisse sur la pêche hauturière, désintérêt des jeunes pour ces métiers qui implique une baisse des embarquements pour la petite pêche.
- 1 emploi de marin qui disparaît : 5 emplois à terre menacés. Les 2/3 des unités de plus de 13 mètres sont financièrement fragiles. Sur 10 ans, 30 % des entreprises de marées et de transformation des produits de la mer ont disparu, 50 % sur 20 ans, Disparition de 10 % des emplois, de nombreux autres menacés. Délocalisation des entreprises de transformation.
- Les efforts de gestion des ressources réalisés par la pêche cornouaillaise n’ont pas été récompensés au moment de la répartition des quotas.
Pistes et idées à retenir pour revenir à une pêche équilibrée, respectueuse de l’environnement et des hommes.
Le respect du bien collectif que représente la mer impose une transformation radicale mondiale des modes de production, de transformation et de distribution.
Le pêcheur, comme le paysan ne peut être en aucune façon propriétaire du territoire qu’il exploite dans l’intérêt collectif. La notion de propriété privée ne peut alors s’appliquer qu’à ces outils (bateaux, engins de pêche…).
Les travailleurs de la mer, responsables, planifieront leur métier et géreront la ressource en fonction de l’intérêt collectif, accompagnés de représentants du peuple et de chercheurs. Ensemble, ils fixeront des objectifs de pêche.
La gestion de la ressource admettra de périodes de repos biologique, des jachères et le respect du cycle du poisson (période de frai…)
Toutefois on n’oubliera pas d’accompagner les travailleurs dans ces transformations qui devront être pédagogiquement expliquées, appliquées progressivement pour certaines, admettant ainsi des périodes de transition.
Le travail des marins nécessite la mise en place d’un salaire minimum décent garanti respectueux de la pénibilité et des responsabilités incombant à leur tâche. On fera disparaître progressivement le salaire à la part, permettant aux pêcheurs d’équilibrer leurs revenus sur une année, supprimant aussi les aléas de la consommation, des caprices du temps et les fluctuations du pétrole.
Comme l’agriculture, la pêche doit redevenir paysanne, privilégiant les ressources, la transformation et la distribution locale. Elle doit repensée à partir des besoins de consommation. On limitera donc les importations provenant trop souvent d’une pêche peu regardante sur la gestion des ressources et des hommes.
Les grosses unités industrielles, unités de transformation et de congélation, écoulent des produits hors besoin défini. La matière première de la mer devenant alors un objet spéculatif et d’enrichissement, où la notion de pêche alimentaire a totalement disparu. Cette pêche est à bannir. De la même façon, la pêche minotière sera interdite.
Les unités de pêche moins puissantes, moins gourmandes en énergie seront privilégiées, des efforts de recherche nécessaires sur les outils rendront ceux-ci biologiquement respectueux.
Il faut accepter, malgré les efforts de modification des outils de pêche, une part de prises accidentelles. Ces prises, au lieu d’être rejetées à la mer, seront valorisées.
Les invendus, actuellement détruits comme les déchets de transformation seront également valorisés.
L’aquaculture mondiale sera également réglementée dans l’intérêt général (humain et environnemental), respectant un cahier des charges contraignant acceptant uniquement un mode de production extensif et biologique. La nature même des productions sera planifiée.