Publié le Samedi 20 décembre 2008 à 00h18.

Premier bilan de la mobilisation contre les licenciements chez Amora (NPA Dijon)

Soumis par dijon21 le sam 20/12/2008 - 00:18

Dès l’annonce de la suppression des quelques 300 emplois et de la mobilisation des salariés, plusieurs camarades du NPA, notamment des jeunes, ont cherché à plusieurs reprises à prendre des contacts avec des salariés d’Amora sur les différents sites de l'agglomération. Malgré l’évidente volonté de verrouillage de la part des appareils syndicaux, nous avons obtenu des infos indirectes. Un communiqué de presse a donc été rapidement rédigé et repris par le site national du NPA (http://npadijon.over-blo…). Ensuite, malgré la diffusion tardive d’un appel à manifester lancé par le collectif de soutien Amora, nous avons réussi à rédiger, tirer et diffuser un tract (http://npadijon.over-blo…). Tous les camarades disponibles ont été invités à se retrouver à 14h00 au quai Nicolas Rollin où se rassemblaient les salariés mobilisés. Nous y avons diffusé dès le début le tract qui a été bien accueilli. Il faut noter que nous avons été les seuls à participer avec une banderole au cortège des salariés qui rejoignait la place Darcy. A l'arrivée le discours du représentant CFDT, axé sur les élus et l'appel à une table ronde, semblait bien se transformer en signal de dissolution (les salariés d'Amora étaient 300 à 400). Mais le nombre croissant des arrivants ou encore la présence en tête de Rebsamen ont poussé à un défilé à travers le centre-ville. Au total la manif a rassemblé probablement 2500 personnes (3000 selon la télé, plus encore selon le Bien Public, qui, une fois n’est pas coutume, gonflait les chiffres).

Image retirée.

Nos slogans, que nous avons adaptés au fur et à mesure, ont été peu repris par les salariés mais manifestement appréciés : contre la fermeture des sites, contre tous licenciements, pour faire payer Unilever qui fait des profits, pour garder l'argent public pour le salariés, pour élargir à d'autres luttes comme Fournier... Notre tract était de même le seul à donner des perspectives en termes de lutte active. A contrario, le PC appelait à un débat entre les licencieurs et les salariés, puis à voter pour leurs listes aux européennes. Le POI dénonçait les licenciements mais pour demander à quitter l'Europe, à monter à leur conférence du 7 décembre et interpelait les élus, lesquels, comme Rebsamen, défilaient en tête avec la droite. Nous avons été certes peu nombreux (une petite quinzaine), mais nous avons malgré tout, du communiqué de presse à la manif, montré la capacité de réaction du NPA et tracé des perspectives face à un mouvement peu dynamique.

Ce faible dynamisme s’explique notamment par un contexte lourd qu’il ne faut pas ignorer. En toile de fond la division syndicale entre CFDT et FO d’un côté et la CGT de l’autre a pesé énormément et a directement limité la mobilisation à une manifestation un samedi. Jamais ils n’ont voulu fermement fixer de perspectives en termes d’occupation d’usine ni même de journée de grève. Au niveau politique, la volonté de jouer l'"Union sacrée" et la défense localiste de la moutarde comme "patrimoine bourguignon en péril" ont mis au second plan la contradiction entre les intérêts des patrons et des actionnaires face à ceux des salariés. Il est bien sûr important de soutenir les travailleurs dans la défense de leurs savoir-faire, dans la fierté de leurs qualifications professionnelles, dans leur engagement quotidien d’ouvrier. La fermeture des usines est une violence faite à ces salariés, un mépris pour leurs qualifications et leur travail. Le rôle du parti anticapitaliste est aussi de rappeler que la défense des « recettes françaises » contre « leur copie par les Tchéques » ne fait que masquer les clivages de classe et les orientant vers de pseudo-clivages nationaux, bien confortable pour le patronat et ses alliés. Ainsi, la petite bande de jeunes « identitaires » venus s’infiltrer la manif avec leur drapeau bourguignon, n'ont pas trop détonné avec cette volonté de diviser entre eux les travailleurs des différents pays. Enfin, un dernier élément jouant dans le sens d’une mollesse du mouvement a été l'appel aux Dijonnais, lancé par un comité de soutien non identifié, quelques jours seulement avant la manif. Cette initiative peu lisible a joué à fond la dépolitisation et ajouté à la confusion, tout en circulant par mails et donc en contribuant malgré tout à la participation.

Comme prévu la table ronde à la préfecture du 11 décembre n'a rien donné. Les lettres de licenciement vont arriver durant les fêtes et le prochain rendez-vous le 6 janvier pour le Comité central d'entreprise n'aura à débattre que de l'accompagnement des licenciements. La classe politique locale et les bureaucrates syndicaux se sont clairement ligués pour verrouiller le mouvement. Ils ont réussi, pour l'instant du moins. Mais dans le contexte général qui se dessine au plan social pour cette année 2009, un rebond n'est pas à exclure et les militants du NPA doivent être prêts à réagir rapidement et de la manière la plus massive et décidée possible à reprendre le combat aux côtés des travailleurs d’Amora et de toutes les boîtes de la région où des emplois sont menacés