L'histoire commence en 2006, alors que Thierry Martin, membre de la FCPE (Fédération de conseil des parents d'élèves), décide d'apporter son soutien aux lycéens de Bernay qui militent contre le texte de loi sur les CPE (Contrat première embauche). Aux abords des lycées Fresnel, Saint-Anselme et Ader, les élèves sont nombreux à protester. Par peur de débordements, ils demandent à Thierry Martin de les encadrer. Près de trois ans après les faits, celui-ci se voit convoqué au tribunal correctionnel de Bernay. Suite aux plaintes des trois chefs d'établissement, six chefs d'accusation sont émis, parmi lesquels « intrusion dans des établissements publics sans y avoir été convié », « destruction d'un portail métallique », « violence sur un chef d'établissement » et « menaces sur un agent de service ». « Je me suis bien introduit dans les lycées Saint-Anselme et Ader. J'accepte ces accusations. Mais je n'ai jamais mis les pieds à Fresnel, ni dégradé de matériel et encore moins frappé un chef d'établissement » se défend Thierry Martin. « On fait appel à moi » « Il est vrai que je n'étais pas convié dans ces lycées, mais à chaque fois que j'y étais, on a fait appel à mes services pour encadrer les manifestants » ajoute-t-il. A Saint-Anselme, ce parent d'élève affirme avoir « prié les élèves de prendre la parole en extérieur, plutôt que de s'introduire dans le lycée. Au lycée Clément-Ader, j'ai empêché les élèves de pénétrer dans la salle des machines-outils, ce qui aurait pu se révéler dangereux ». C'est aux abords du lycée Fresnel que la situation se complique : les manifestants forment une chaîne humaine près des grilles de l'établissement et tentent d'y pénétrer. Le proviseur Béatrice Potier s'y oppose et « utilise un agent de service comme homme de main. Il s'est montré violent en utilisant une grille avec des picots pour repousser les élèves, avant d'en venir aux mains. C'est pourquoi j'ai haussé le ton contre lui » s'explique M. Martin qui reste scandalisé, mais ne porte pas plainte contre le personnel du lycée.
« Décourager les lycéens »
Alors pourquoi tant d'acharnement contre ce parent d'élève militant ? « S'ils exhument cette affaire aujourd'hui, c'est que le rectorat n'a pas accepté la défaite subie en 2006 (rappelons que les empois CPE seront supprimés par la suite). On veut décourager les jeunes de reproduire un tel mouvement en 2009 ».
Deux ans et demi après les faits, Thierry Martin devra donc se présenter au tribunal. Un délai « inhabituel et injustifié » selon Pascal Adams (membre du comité de soutien), qui ajoute : « Alors que Thierry devait être confronté à plusieurs personnes, les 12 heures de garde à vue dont il a fait l'objet ne se sont soldées que par une seule confrontation. Les autres ont été annulées ». Le 7 janvier, Thierry Martin demandera la relaxe au tribunal de Bernay, et continuera malgré tout d'apporter son soutien aux étudiants de la ville.
Valentin BIRET