Le tribunal a rendu son délibéré dans l'affaire Thierry Martin, ce parent d'élèves poursuivi à la suite des manifestations lycéennes de 2006.
«J'aurais été pleinement satisfait avec une relaxe, mais le tribunal ne pouvait pas se le permettre. » C'est l'analyse que fait Thierry Martin à l'issue de l'audience du tribunal correctionnel qui l'a condamné à 200 € d'amende avec sursis, au titre de l'action pénale, et à verser 1 € de dommages et intérêts pour préjudice moral à Béatrice Potier, l'ancien proviseur du lycée Fresnel. Pas grand-chose au regard de la dizaine de chefs d'inculpation retenus au début de l'affaire, en 2006, à la suite des mouvements lycéens anti-CPE à Bernay auxquels Thierry Martin avait participé en tant que membre de la Fédération des parents d'élèves. Encore trop pour cet homme qui n'a pas cessé d'expliquer que son rôle s'était alors limité à encadrer les manifestations, à la demande même des lycéens.
Presque trois ans d'attente
Accusé de violences contre personne dépositaire d'une mission de service publique (en l'occurrence Béatrice Potier qu'il aurait bousculée), de menaces (contre un agent du même lycée), de dégradations de biens publics (sur le portail du lycée Ader) et d'intrusions dans des établissements scolaires, cet agriculteur de la région de Bernay, bien connu pour son action militante, avait été placé en garde à vue. L'affaire en était restée là, jusqu'à ce qu'il reçoive, fin 2008, une convocation à comparaître devant le tribunal correctionnel. Soit presque trois ans après les faits ! Six chefs d'inculpation étaient cette fois retenus.
« Une peine d'avertissement »
Au cours de l'audience, le 7 janvier dernier, son conseil, l'avocat Olivier Mouchabac, avait mis en avant la prescription dont faisait l'objet une bonne partie de ces charges. Le tribunal, en rendant son délibéré cette semaine, lui a donné raison. Seuls les faits de violences sont retenus contre lui, « des violences très légères » concède le président Yann Richard, qui précise que les autres faits reprochés à Thierry Martin sont bien frappés de prescription et qu'en outre « aucune preuve ni constatation de gendarmerie » n'est apportée qui aurait permis de le mettre en cause pour les dégradations. Une peine avec sursis à titre « d'avertissement, qui n'est pas là pour vous entraver dans vos actions », a ajouté le juge. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, c'est en substance l'impression que partagent aujourd'hui les membres du comité du soutien qui s'était formé dès le début de l'affaire et qui voient dans ce procès une tentative d'intimidation des militants. « Cette condamnation, c'est bien la preuve que le dossier était creux. Le tribunal me condamne à une amende avec sursis histoire qu'il subsiste une trace de l'enquête, qui a été menée entièrement à charge contre moi. C'est qu'à Bernay, comme ailleurs, on entend nous signifier qu'on doit revoir nos méthodes de mobilisation. En attendant, j'estime que moi aussi j'ai un préjudice moral, pour avoir été placé en garde à vue. Ce que connaissent d'ailleurs de plus en plus de militants », glisse Thierry Martin à la sortie du tribunal.
M.P.