Publié le Vendredi 9 décembre 2016 à 09h50.

Air France : Les salariéEs condamnés… à la filialisation ?

Le 30 novembre est tombé le jugement pour les cinq d’Air France poursuivis dans l’affaire de la « chemise ». Si deux sont acquittés, trois autres ont des peines de trois à quatre mois de prison avec sursis...

Dans l’ambiance actuelle et après l’affaire des Goodyear, ces peines injustifiables peuvent sembler légères... mais cinq salariés sont toujours licenciés (dont un qui ne faisait l’objet d’aucune plainte au procès !). Il faut rappeler que ce fameux 5 octobre 2015, les 3 000 salariéEs réunis se mobilisaient uniquement pour sauver leurs emplois, et que sur ce terrain, ils ont gagné : les licenciements ont été annulés suite à la mobilisation. Mais la répression contre le monde du travail est de plus en plus féroce, et les trois condamnés sont des victimes prises au hasard. Les seuls coupables sont les patrons d’Air France, fuyant devant leurs responsabilités... et devant leurs salariéEs ! Dix autres salariés sont condamnés à des amendes de 500 euros pour avoir ouvert les grilles donnant accès à la salle du CCE. Sauf un de l’industriel, tous sont du fret cargo (une activité qui ne cesse de se réduire).

Est-ce que cette justice pour l’exemple va fonctionner ? Alors que le nouveau PDG d’Air France-KLM, Janaillac, vient de présenter son nouveau plan, on peut en douter. Ce projet, « Trust together », veut réduire au maximum les activités réalisées directement par Air France et ses salariéEs pour développer le groupe par des filiales. Dans cette logique, il ne resterait à terme qu’une marque Air France... et des salariéEs pas cher.

Annonces... ou déclaration de guerre ?

Concrètement Janaillac a fait deux annonces principales. La première est la création d’une filiale long courrier low cost, nom de code Boost (« Ouste » disent les critiques…). Cette compagnie serait opérée avec des hôtesses embauchées par la filiale, avec rémunérations plus basses et règles d’utilisation maximum (nombre d’heures de vol, de rotations…), ainsi qu’avec des pilotes d’Air France qui accepteraient des règles d’utilisation dégradées. Pour les personnels au sol, l’énorme majorité des activités sera sous-traitée. Évidemment, cette création de compagnie a un coût, à commencer par l’achat des avions.

La seconde annonce importante de Janaillac est son projet de filialisation de l’industriel d’Air France-KLM, avec ses 8 200 salariéEs en France et 5 000 en Hollande : l’ensemble des agents qui maintient et répare les avions. Une activité très rentable dont Air France-KLM est un des leaders mondiaux et qui, en la vendant, permettrait de financer les achats d’avions. Filialiser, c’est aussi la possibilité de démanteler plus facilement pour délocaliser. C’est aussi s’attaquer plus facilement aux acquis des salariéEs.

Cette annonce, véritable déclaration de guerre, a provoqué des heures d’information Sud Aérien d’une ampleur jamais vue : plus de 1 900 salariéEs s’y sont rendus ! Des actions spontanées ont déjà lieu dans les ateliers. Le feu a été mis, et la direction ne sait comment faire pour l’éteindre. De leur côté, les pilotes ont annoncé leur rejet de cette nouvelle compagnie low cost. De grandes actions sont à venir, prélude à une année 2017 très chaude !

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