Mohammed Harbi nous a quittéEs hier à l’âge de 92 ans, après avoir marqué notre histoire par son engagement révolutionnaire et par sa contribution majeure à l’écriture de celle-ci.
Militant depuis sa jeunesse au sein du MTLD, le seul courant indépendantiste de l’époque, il rejoint dès novembre 1954 le FLN. Il a incarné à l’indépendance, avec son ami Houcine Zahouane et beaucoup d’autres, « la gauche du FLN ». Il a été très proche de la Quatrième Internationale et de son célèbre dirigeant de l’époque, Michel Raptis, dit Pablo.
Dans ces années de lutte pour le pouvoir, Harbi et ses amis de gauche se sont battus pour que la souveraineté nationale se transforme en souveraineté populaire, notamment par le biais du formidable mouvement autogestionnaire des premières années de l’indépendance. La révolution sociale était au cœur de ce combat.
C’est contre cette dynamique de « révolution permanente », qui prenait forme dans l’adversité contre les courants droitiers conservateurs et contre la bureaucratie bourgeoise populiste et autocratique au pouvoir, que le noyau dur de l’armée des frontières a organisé le coup d’État du 19 juin 1965.
Pour faire face à cette contre-révolution dirigée par Boumediene, Harbi et ses amis ont proclamé l’ORP (Organisation de la Résistance populaire), où se sont rassemblés d’autres courants de gauche, notamment ceux issus du PCA. Il a connu ensuite pendant huit années les affres de la prison jusqu’à son évasion en 1973.
Depuis, il s’est exilé en France et il a consacré sa vie à l’enseignement universitaire et à ses inestimables travaux sur l’histoire du mouvement national et la guerre de libération, ponctués par ses analyses sur la nature du régime et de l’État algérien post-indépendance.
Après l’ouverture qui a suivi la révolte d’octobre 1988, presque un quart de siècle après sa détention et son exil, Harbi retrouve son pays et son peuple lors des quelques conférences qu’il a animées avec la même rigueur scientifique et la même lucidité politique qui l’ont caractérisé. C’était dans un contexte marqué par une nouvelle dynamique révolutionnaire, portée par de jeunes générations.
Sa disparition est une grande perte pour nous et pour tous ceux et toutes celles qui se battent pour le progrès, les libertés et la justice sociale, et contre l’oppression coloniale et impérialiste dans un monde régi par un système capitaliste chaotique par sa barbarie et son déclin.
Dans l’une de ses dernières tribunes, publiée dans la revue À contretemps en mars 2019, pendant la vague révolutionnaire du Hirak populaire en Algérie, Harbi a signé avec son ami Nedjib Sidi Moussa une analyse pertinente et intransigeante qui résume à elle seule la pensée révolutionnaire de ce semeur de résistance et d’espoir pour toute l’humanité.
Je publie ci-joint cette tribune vu son importance et son actualité. Je vous recommande vivement de la lire ou de la relire.
Repose enfin en paix, Mohammed Harbi. Tu as été, aux côtés de Houcine Zahouane, notre vieux camarade et notre grand frère du combat révolutionnaire.
Mahmoud Rechidi, le 2 janvier 2026