Publié le Jeudi 26 février 2026 à 18h00.

Hommage à Susan George

Susan George est morte le 14 février 2026 à Paris. Politologue et écrivaine franco-américaine, militante altermondialiste, elle était présidente d’honneur d’Attac, qu’elle a contribué à fonder. Nous avons demandé à Pierre Khalfa de nous écrire quelques mots d’hommage.

Je n’étais pas un intime de Susan, que j’ai connue à Attac. À sa création, Attac était parcourue par de nombreux débats politiques, que ce soit sur son fonctionnement interne avec la place des comités locaux ou sur son positionnement politique — anticapitalisme ou antilibéralisme, rapport à l’Union européenne et souverainisme. Dans tous ces débats, la position de Susan a toujours été celle du fonctionnement démocratique le plus large possible et de l’inclusivité maximale face à la tentation de repli idéologique.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvéEs côte à côte, en 2006, avec notamment Gustave Massiah, Jean-Marie Harribey, Thomas Coutrot, Dominique Plihon et bien d’autres, à mener une bataille interne contre la tentative menée par le président d’Attac à l’époque, Jacques Nikonoff, pour s’emparer d’Attac afin d’y imposer une orientation nationaliste. Suite à une fraude électorale au profit de la présidence sortante, et dans un climat d’une très grande violence, Susan a tenu bon, et ce malgré les tentatives d’intimidation contre elle, nos adversaires considérant que, vu son âge et le fait que c’était une femme, elle pouvait être retournée.

Ils n’avaient pas compris que Susan, sous des apparences tranquilles, ne transigeait jamais avec ses principes. C’est là la grande leçon qu’elle nous laisse. Tenir bon sur ses principes ne signifie pas rechercher systématiquement l’affrontement verbal. Susan apaisait les réunions, tout en étant ferme sur le fond. Cette leçon, au moment où les forces de gauche s’étripent de façon mortifère, doit être retenue.

Susan n’a jamais manqué aux devoirs de l’amitié et à ceux du combat politique contre le néo­libéralisme. Son honnêteté, sa disponibilité, son ouverture aux autres nous manqueront.

Pierre Khalfa