Publié le Mardi 16 juin 2026 à 11h29.

Aux États-Unis, 4000 syndicalistes préparent les combats à venir

Plus de 4 000 syndicalistes se sont réuniEs à Chicago du 12 au 14 juin pour la conférence Labor Notes. VenuEs de tout les États-Unis, ainsi que de plusieurs autres pays, ils et elles ont échangé sur les défis auxquels sont confrontéEs les syndicats et les travailleurEs, partagé leurs expériences et préparé les combats à venir.

Dès la séance d’ouverture, Barbara Mandeloni, membre de l’équipe de Labor Notes, a donné le ton : « Nous vivons une période profondément tumultueuse et dangereuse ». Elle a évoqué les guerres en Iran, au Liban et en Palestine, les attaques contre les immigréEs et celles et ceux qui les défendent, ainsi que l’offensive générale contre les travailleurEs. Citant une formule devenue populaire dans certains milieux militants, elle a ajouté : « Le fascisme trumpien est le mode de gestion du capitalisme contemporain. » L’objectif de la conférence était donc clair : apprendre à s’organiser, élaborer des stratégies, lutter collectivement et gagner.

Une conférence tournée vers les luttes

Quelque 300 ateliers ont été proposés. Les discussions ont porté notamment sur les négociations collectives, la préparation et la conduite des grèves, ainsi que sur la santé et la sécurité au travail. Certains ateliers étaient consacrés aux leçons tirées des grèves dans le secteur hospitalier, d’autres à l’élargissement des revendications syndicales au-delà des seules questions salariales.

Traditionnellement, Labor Notes évitait les débats partisans afin de rassembler des syndicalistes aux sensibilités politiques diverses. Mais cette année, il était difficile d’ignorer que nombre des attaques subies par les travailleurEs viennent directement de l’administration Trump. Un atelier était ainsi consacré à ce qui a été présenté comme « la plus grande offensive antisyndicale de l’histoire des États-Unis », visant les salariéEs du secteur fédéral.

Résister aux attaques contre les immigréEs

La conférence a également donné la parole à des militantEs engagéEs dans la lutte contre l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale chargée de l’immigration. Eva Lopez, présidente du syndicat SEIU Local 26 de Minneapolis, représentant 8 000 salariéEs, a expliqué comment son organisation avait participé à la coalition Monarca, qui a formé près de 50 000 personnes à intervenir dans des réseaux de réponse rapide contre les opérations de l’ICE.

Selon elle, les travailleurEs immigréEs vivaient dans un climat de terreur, mais beaucoup ont conclu qu’« il valait mieux élever nos voix ensemble que rester terroriséEs chez nous ». Au fil des mobilisations, le mouvement a gagné en ampleur. « Petit à petit, des commerces, des écoles, des musées ont annoncé qu’ils nous rejoignaient. Nous n’étions pas seulEs », a-t-elle raconté.

Le 23 janvier 2026, 100 000 personnes ont manifesté et près de 340 000 auraient soutenu la grève. Eva Lopez a souligné qu’à la suite de cette mobilisation, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem et le chef de la police des frontières Gregory Bovino avaient démissionné, tandis que deux agents de l’ICE avaient été arrêtés pour violences. Si les opérations contre les immigréEs se poursuivent dans de nombreuses villes, elle estime que « le pouvoir des travailleurEs est plus fort que celui de Trump et de l’ICE ».

Préparer les batailles futures

La conférence n’a pas été exempte de débats internes. Les organisateurs avaient exclu Colleen Donovan, membre du réseau Teamster Mobilize, apparemment en raison des critiques formulées par son courant contre Sean O’Brien, président des Teamsters et soutien de Trump, mais aussi contre Teamsters for a Democratic Union, allié à O’Brien. Plusieurs participantEs ont contesté cette décision, estimant que des syndicalistes ne devraient pas être excluEs du débat.

Malgré ces controverses, cette édition, la plus importante jamais organisée par Labor Notes, était résolument tournée vers l’avenir. Les discussions ont largement porté sur la manière d’affronter les grandes entreprises, les milliardaires et Donald Trump. La coalition May Day Strong, qui rassemble syndicats, organisations de défense des droits humains et groupes communautaires, a notamment profité de la conférence pour avancer dans la préparation d’une grève générale nationale en 2028.

Dan La Botz