Publié le Mercredi 16 janvier 2019 à 14h26.

Gouvernement italien et Gilets jaunes : la mystification

« Gilets jaunes, ne faiblissez pas ! » Les deux hommes forts du gouvernement italien (Di Maio pour le Mouvement 5 Étoiles et Salvini pour la Ligue) ont clamé leur amour des Gilets jaunes. Ces deux partis qui gouvernent ensemble mènent pourtant une politique qui n’a pas grand-chose à voir avec les revendications de justice portées par les Gilets jaunes.

Certes, le projet de budget italien a d’abord été retoqué par la Commission européenne. Mais si on regarde dans le détail, ce projet comprenait une amnistie permettant à des contribuables d’éviter des poursuites pour évasion fiscale en s’acquittant d’une simple somme forfaitaire. Au fil des négociations avec Bruxelles, cette amnistie a été maintenue. Par contre, le gouvernement italien fera des économies sur deux dispositions présentées comme un tournant social : la réforme des retraites (possibilité d’un départ plus précoce) et le revenu minimum en faveur des plus démuniEs. Le « budget du peuple » – c’est le nom que lui ont donné ses promoteurs – a fait long feu. Inutile de préciser que les diverses mesures de précarisation du marché du travail adoptées par les gouvernements italiens précédents n’ont pas été le moins du monde remises en question.

Une attitude identique a été adoptée concernant le secteur bancaire. Il y a six mois, « les banques arrogantes sans considération pour les épargnants » étaient comparées à des « organisations mafieuses » qui devraient payer pour leurs erreurs. Face à la crise de Carige, la dixième banque du pays, le gouvernement interviendra pourtant pour la sauver aux frais du contribuable.

En fait, pour le gouvernement italien comme pour Trump aux États-Unis et Orbán en Hongrie, le verbiage social sert surtout, avec la propagande anti-migrantEs, à camoufler une politique néolibérale, plus nationaliste mais tout autant au service du capital que celle de Macron et consorts.

Di Maio et Salvini veulent instrumentaliser les Gilets jaunes français dans la perspective des élections européennes. Ils visent aussi (comme Marine Le Pen et ses sbires) à les attirer sur le terrain bourbeux du rejet des étrangers.

H.W.