Publié le Mercredi 23 septembre 2020 à 18h47.

Non-reconnaissance du Covid-19 en maladie professionnelle : le mensonge d’État continue

Le décret portant sur la reconnaissance du Covid-19 en maladie professionnelle est paru le 15 septembre et contredit les annonces de Véran du mois de mars, quand les hospitalierEs étaient applaudis tous les soirs à 20 h.

La reconnaissance ne sera pas automatique et systématique, mais limitée aux seules personnes qui ont eu besoin d’un apport en oxygène, voire sont mortes du virus. Dans le secteur de la santé, cela concernera une centaine de personnes alors que plusieurs milliers de personnes ont contracté le virus sur leur lieu de travail et devront en faire la preuve auprès d’un comité unique constitué de deux personnes ! Même régime pour toutes les premières lignes comme les éboueurEs, caissierEs ou transporteurEs.

Faut-il rappeler les manquements des autorités sanitaires et du gouvernement à donner aux soignantEs les moyens de se protéger ? Les pouvoirs publics feignent de les ignorer, tout comme ils ignorent les conséquences sur la santé mentale, avec des maladies, de l’absentéisme, du surmenage professionnel et à terme des démissions, rendant encore plus dramatique la pénurie de personnel. Un rapport du Conseil international des infirmières a recensé le décès de plus d’un millier d’entre elles, dans 44 pays, dont moins de la moitié classe le Covid-19 comme maladie professionnelle.

Impacts physiques et impacts financiers

Cette reconnaissance ne prend en compte que les impacts majeurs du Covid sur l’appareil respiratoire et ignore toutes les autres séquelles comme la fatigue chronique, la fièvre résiduelle, le dérèglement du système nerveux ou les douleurs articulaires. Sans reconnaissance en maladie professionnelle, les frais médicaux ne sont pas pris en charge à 100 %, et il n’y a pas d’indemnité en cas d’incapacité temporaire ou permanente de travail. Les malades sont abandonnés à leur sort. En cas de décès, les ayants droit ne percevront aucune rente. C’est la raison pour laquelle l’association Coronavictimes et le Comité anti-amiante Jussieu ont déposé un recours en annulation et s’engagent à soutenir toute demande d’indemnisation devant les tribunaux administratifs, sur la base de la faute de l’État.

Un choix capitaliste

Que s’est-il passé entre mars et septembre pour que le gouvernement trahisse son engagement ? Un simple « retour » à sa nature capitaliste qui le conduit à préférer distribuer 100 milliards pour un plan de relance en faveur des patrons sans contreparties ni garantie de non-licenciements plutôt que de soutenir les salariéEs, les premierEs de corvée ou de supprimer la TVA, impôt non proportionnel aux revenus et de ce fait le plus injuste.

Le gouvernement pense se dédouaner d’indemniser les hospitalierEs malades du Covid en augmentant leur traitement de 193 euros. Comme si cette revalorisation permettait tous les mauvais coups, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui. Il se trompe et le calcul est mauvais. Les hospitalierEs n’ont pas dit leur dernier mot à propos du Ségur de la santé ou des lits et des postes de soignantEs que le gouvernement continue de fermer. Déjà, des mouvements de grève éclatent un peu partout en France et la date du 15 octobre est retenue pour une montée ­nationale à Paris.