Publié le Dimanche 3 février 2013 à 20h40.

«En crise», le NPA veut «se donner une chance de rebondir» (Pubic Sénat)

Le Nouveau parti anticapitaliste tient son deuxième congrès ce week-end à Saint-Denis. Après l’échec de la présidentielle et une hémorragie du nombre de ses adhérents, c’est « un congrès de la reconstruction », selon Olivier Besancenot, qui l’assure : « On est encore là ».

Dire que le NPA est dans le rouge serait un jeu de mot facile. Mais le Nouveau parti anticapitaliste est en crise, à n’en pas douter. Quatre ans après sa création, le mouvement a vu le nombre de ses adhérents fondre: de près de 10.000 à la création, ils sont 2.500. Quand Olivier Besancenot réussissait à rassembler 4% des voix à la présidentielle, Philippe Poutou n’a totalisé que 1,15% des suffrages en 2012. Conséquence: les finances sont au plus bas, du fait de la perte du financement public après ces échecs électoraux. C’est dans ce contexte que se tient le deuxième congrès du NPA à Saint-Denis, près de Paris, de vendredi à dimanche.

Les dirigeants du NPA ne cherchent pas à se voiler la face. La crise, ils ne la nient pas. Mais ils comptent rebondir. «On a eu un moment difficile», affirme Olivier Besancenot, «mais le NPA est toujours là. C’est comme le chantait NTM, on est encore là », lance l’ex-candidat. Mais si le NPA veut toujours mettre le feu, c’est «avec humilité», ajoute le facteur. «On a subi une crise, mais comme la plupart des organisations d’extrême gauche», tempère Alain Krivine, figure historique de la LCR et du NPA. Il parle de «congrès de second souffle». Besancenot d’un «congrès de reconstruction». Les mots et les objectifs sont les mêmes. Le NPA est surtout à un tournant. Il s’agit pour lui d’arrêter l’hémorragie, avant de reprendre le dessus. Ou pas.

«Etre un appendice de Mélenchon, pas question»

En créant ce qui devait devenir un grand parti anticapitaliste, «on a voulu faire quelque chose de gonflé», reconnaît aujourd’hui Christine Poupin, porte-parole du mouvement. «A ce stade là, on n’a pas réussi. Mais il faut se donner une chance de rebondir (…). Ce n’est pas le projet qui est en cause. C’est la façon dont on l’a mis en œuvre. On a gagné le droit de recommencer».

A l’image des motions du Parti socialiste, les militants ont voté pour quatre plateformes. Celle défendue par la direction, avec Besancenot, Krivine ou Poutou, est arrivée en tête avec 51%. La ligne: «Rester une organisation indépendante, mais avec une orientation unitaire», résume Olivier Besancenot. Des actions dans les luttes avec le Front de gauche sont possibles. Mais pas plus. «On est prêt à débattre, à travailler avec le Front de gauche, mais pas à y rentrer. Etre un appendice de Jean-Luc Mélenchon, pas question», prévient Alain Krivine.

Départs vers le Front de gauche

Une plateforme un peu plus radicale suit la ligne majoritaire. Avec 32% des voix, elle «revendique la continuité du courant révolutionnaire au NPA», explique Gaël Quirante, l’un de représentants de ce courant.«Il faut revenir à la question de l’utilité du NPA dans la crise du capitaliste. Car il doit être utile aux militants, aux salariés qui résistent», selon Gaël Quirante, qui ne croit pas à la «posture du gouvernement anti-austérité» via «une opposition un peu abstraite» aux «débouchés politiques hypothétiques ».

Mais la page des désaccords les plus profonds est tournée au NPA depuis le départ de la gauche anticapitaliste et d’autres courants pour le Front de gauche, après l’échec de la présidentielle. Un coup dur. «L’orientation du NPA a été, et reste, une stratégie d’isolement qui ne permet pas d’être compris par la population», a dénoncé dansLibérationMyriam Martin, un temps pressentie pour être candidate du NPA en 2012, avant de rejoindre Jean-Luc Mélenchon. «Indépendance ne veut pas dire isolement», répond Christine Poupin. La porte-parole espère que la scission n’est «peut-être pas définitive».

Plus facile avec la gauche au pouvoir?

Après les mouvements du CPE et des retraites, porteurs pour la gauche anticapitaliste, l’air du temps serait plus à la résignation. Mais on veut croire à un frémissement au NPA – Krivine parle «d’une petite vague d’adhésion» – avant peut-être le grand soir qu’on ne voit pas toujours venir. PSA, Renault, Goodyear, le parti veut garder le contact avec les salariés en lutte, continue de soutenir les sans-papiers, demande l’interdiction des licenciements et répète son opposition à la guerre au Mali.

Le contexte politique serait même favorable, veut croire Alain Krivine: «Quand la droite est au pouvoir, la situation est plus difficile car la gauche réformiste apparaît comme un opposant pour virer la droite. Quand la gauche est au pouvoir, ça devrait être plus facile pour nousd’un certain point de vue, car ils font une politique de droite». Mais le dirigeant du NPA est bien conscient d’un «paradoxe: nous sommes dans une crise exceptionnelle du capitalisme et les organisations anticapitalistes n’en profitent pas». Si la volonté de lutter des militants du NPA est toujours là, il y a au moins de quoi se poser des questions.

François Vignal,