Publié le Jeudi 14 mai 2026 à 06h28.

Présidentielle à gauche : la clarification progresse, l’urgence d’un front antifasciste demeure

La candidature Mélenchon et les impasses de la gauche d’accompagnement du néolibéralisme soulignent une polarisation croissante. Face au danger de l’extrême droite, l’enjeu central reste la construction d’un front antifasciste large, enraciné dans les luttes.

LFI a, sans surprise, officialisé la candidature de Mélenchon pour la présidentielle de 2027. Malgré les limites de son projet et les divergences de fond que nous pouvons avoir avec lui, Mélenchon représente, à une échelle de masse, une candidature de rupture avec les politiques néolibérales et racistes qui dominent la vie politique. Les classes dominantes ne s’y trompent pas et les attaques violentes dont LFI fait l’objet éclairent la manière dont l’affrontement entre les classes se polarise. LFI est diabolisée et renvoyée à l’extrême gauche alors même qu’elle s’inscrit pleinement dans le jeu institutionnel, tandis que le Rassemblement national est toujours plus normalisé, soutenu par une droite extrême et un patronat décomplexé.

Une primaire dans l’impasse

Pendant ce temps, toute une partie de celles et ceux qui n’ont pas grand-chose en commun, sinon de se définir comme « la gauche non mélenchoniste », continuent de défendre une primaire de la gauche. Cette perspective ne rencontre qu’un très faible écho. Le spectacle politicien auquel cette opération donne lieu est peu ragoûtant. Ce projet apparaît en réalité comme mort-né, tant les aspirations des unEs et des autres sont incompatibles, et tant le PS est engoncé par ses courants voulant l’ancrer dans le social-libéralisme. Il ne fait guère de doute qu’il y aura au moins une candidature de cette pseudo-gauche — qu’il s’agisse de Glucksmann, Hollande ou Cazeneuve — et qu’il n’existe pas d’espace électoral entre celle-ci et Mélenchon. De plus, que ce soit chez les Écologistes ou au PCF, des courants s’expriment aujourd’hui ouvertement pour discuter avec LFI. Ils participent des décantations en cours entre une gauche de rupture et une gauche d’accompagnement des politiques néolibérales.

L’urgence d’un front antifasciste

Pourtant, face au risque majeur d’une victoire de l’extrême droite, l’aspiration à l’unité à gauche est légitime. Très présente dans les classes populaires, elle s’était largement exprimée lors de la campagne du Nouveau Front populaire en juin 2024. Force est ­cependant de constater qu’une telle configuration ne se reproduira pas pour la présidentielle. Les responsabilités sont partagées, tant les unEs et les autres ont privilégié la bataille pour l’hégémonie de leur organisation. Mais le centre gauche, et en premier lieu le PS, porte une responsabilité particulière — du soutien à Lecornu lors du vote sur le budget à la participation aux campagnes indignes contre LFI et l’antifascisme.

Le NPA-l’Anticapitaliste n’a eu de cesse de le répéter : la montée de l’extrême droite et des guerres impérialistes place la question de l’unité au cœur de la période. C’est dans cette perspective que nous défendons la construction d’un front antifasciste articulant organisations politiques, syndicats, associations et secteurs du mouvement social. Un front qui ne soit pas seulement électoral, mais qui s’enracine dans les ­mobilisations, qui permette à la fois de faire face à la menace immédiate de l’extrême droite et de porter une alternative susceptible de mobiliser largement.

Être à la hauteur des enjeux

Nous avons des débats entre organisations de notre camp social, notamment avec les camarades de LFI, sur les rapports au mouvement social — aux organisations syndicales en particulier. Cependant, tout n’est pas clos et notre classe a intérêt à l’union de toustes celleux qui s’opposent résolument à la menace fasciste sans rien concéder aux politiques néolibérales. Au sortir des municipales, LFI avait adressé une « offre fédérative » aux organisations « restées fidèles au programme du Nouveau Front populaire », mais aussi « aux syndicalistes, aux militantEs associatifVEs, aux universitaires et à toutes les personnalités engagées », en vue d’une campagne commune à la présidentielle et aux législatives. LFI a récemment renouvelé cette proposition. Le NPA-A avait répondu à cette première annonce en proposant une rencontre. Celle-ci doit se tenir dans les prochaines semaines.

Le NPA-A tiendra une Conférence nationale fin juin pour décider de son positionnement dans la campagne présidentielle. D’ici là, nous entendons mener la bataille pour construire l’unité la plus large possible sur la base d’un programme de rupture portant des mesures d’urgence pour les classes populaires. Si l’intervention massive de notre camp social sur le terrain des luttes est déterminante pour faire reculer l’extrême droite, une candidature de rupture portée par un large front antifasciste constituerait un point d’appui majeur.

Espérons que, face à l’urgence de la situation et sous la pression des aspirations de notre camp social, les choses évoluent afin que nous soyons à la hauteur des enjeux dans le combat qui nous oppose à l’extrême droite.

Manon Boltansky