Publié le Vendredi 23 octobre 2026 à 09h00.

Cinéma : I love Boosters, de Boots Riley

Film, 1 h 53m, 2026 (États-Unis)

Le 17 octobre dernier, alors que les forces de police reprenaient possession de l’Arc de Triomphe, dans une rue adjacente aux Champs-Élysées, le cinéaste afro-américain Boots Riley projetait I Love Boosters, son deuxième long métrage, pour une diffusion unique en France. Après le succès de son précédent film, Sorry to Bother You, nombreux étaient celles et ceux qui souhaitaient retrouver son univers décalé sur fond de critique sociale. Et il faut dire que la promesse a été largement tenue.

 

Une satire de la mode

À l’écran, outre les rôles principaux, on peut reconnaître une tripotée d’acteurEs habituéEs des seconds rôles, dont Lakeith Stanfield (Atlanta), Will Poulter (The Revenant) ou encore, sous une tonne de maquillage et de latex, Don Cheadle (Hotel Rwanda). Et avec sa troupe de comédienNEs de talent, l’ambition de Boots Riley était claire : dépeindre une satire bigarrée de la mode, du prêt-à-porter et de la fast fashion.

Le film raconte l’histoire de Corvette (Keke Palmer) et de ses amies qui forment le Velvet Gang, un groupe de voleuses à l’étalage qui s’attaquent spécifiquement aux magasins Metro Designers pour en revendre les vêtements qui, d’une couleur unique pour chaque magasin, sont tous signés par la styliste aussi célèbre qu’imbuvable Christie Smith (Demi Moore). Mais alors que le groupe prépare un dernier coup autour de combinaisons à 100 000 $ pièce, elles font la rencontre de Jianhu (Poppy Liu), une voleuse concurrente qui opère à l’aide d’un téléporteur directement relié à l’usine chinoise où sont fabriqués les vêtements. Ensemble, elles découvriront que le téléporteur a bien d’autres fonctionnalités à leur offrir.

 

Mettre à nu les structures élémentaires du capitalisme

Là où Sorry to Bother You abordait l’aliénation au travail et proposait la grève comme mode d’organisation pour y faire face, I Love Boosters pose la question de la conscience de classe et propose l’unité comme réponse à l’exploitation. Car les deux autres fonctionnalités du téléporteur sont la déconstruction, qui ramène toute marchandise à l’état de matière première, et le matérialisme dialectique, qui intensifie les conflictualités sociales déjà présentes. Par le truchement d’un surréalisme de la sape, le réalisateur met à nu les structures élémentaires du capitalisme.

Cela s’explique par son parcours. Fils de militants communistes, il s’est engagé très jeune auprès du Progressive Labor Party. Sa solide formation politique infuse son œuvre cinématographique comme elle infusait son œuvre discographique dans sa carrière précédente. Son premier long métrage a déjà servi à des travailleurEs étatsunienNEs pour organiser des grèves. Et la difficulté de distribuer le suivant l’amène à soutenir des projections dans des squats ou tout autre lieu, dans l’éventualité où aucune diffusion n’est possible. Si le poète et musicien Gil Scott-Heron clamait « The revolution will not be televised », les créations de Boots Riley semblent répondre que, pour autant, le cinéma peut bien être révolutionnaire.