Film documentaire, France, 1h 41min, 2026
Séance émotion à Bourges. Refusé par toutes les chaînes de télévision, le documentaire L’affaire Abdallah de Pierre Carles était projeté jeudi 28 mai à la MCB de Bourges en présence de José Navarro, membre du comité de soutien des Hautes-Pyrénées pour la libération de Georges Abdallah, militant communiste libanais incarcéré pendant près de 41 ans en France.
Il est arrêté le 24 octobre 1984, dans le commissariat dans lequel il s’est rendu pour se mettre à l’abri d’un poursuivant des services de renseignement français qu’il pensait être un agent du Mossad, et condamné en juillet 1986 à deux ans de prison pour détention de faux papiers.
Condamné sans preuve
Cette période est celle des massacres de Sabra et Chatila, et des milliers de morts lors de l’occupation du Liban par Israël. Les FARL (Forces armées révolutionnaires libanaises), auxquelles appartient Abdallah, revendiquent deux attentats contre un agent du Mossad et un membre de la CIA comme extension de la guerre à laquelle se livrent les pays occidentaux en Palestine et au Liban.
Pendant sa détention, des attentats sont commis à Paris. Le pouvoir, dans l’obligation de prouver sa détermination à lutter contre le terrorisme, fait d’Abdallah et de sa famille des boucs émissaires. Les États-Unis, représentés par Kiejman, intime de Mitterrand, exigent la condamnation d’Abdallah. Le premier avocat d’Abdallah, Mazurier, commis d’office, est aussi présenté comme une marionnette entre les mains des services secrets français. L’ensemble de la presse, du Figaro au Matin de Paris en passant par le Monde, ainsi que les médias, toutes chaînes de radio et de télévision confondues, se font les porte-paroles du pouvoir.
Georges est condamné sans preuve, comme le clame son avocat Jacques Vergès, à la réclusion criminelle à perpétuité en 1987 alors que tout établissait que c’était le Hezbollah qui était responsable de la vague d’attentats des années 1985-1986.
Un résistant anti-impérialiste et communiste
Alors qu’il peut, dès le début de 1999, demander une libération conditionnelle, toutes ses demandes sont rejetées sous les différents gouvernements. Les prétextes sont divers : individu dangereux, islamiste, refus d’exprimer un repentir, d’indemniser les États-Unis... En 2013, c’est le refus de Valls, grand expulseur d’étrangerEs en situation irrégulière, de signer l’expulsion vers le Liban qui bloque la décision du tribunal acceptant la libération. Là encore, les États-Unis sont à la manœuvre, qu’il s’agisse de Bush, Hillary Clinton ou Biden, et les gouvernements français à l’exécution. Interrogés par Carles, Hollande et Fabius ne se souviennent pas, Valls s’autojustifie, les journalistes de la télévision, de Libé, du Figaro s’autoflagellent, d’autres jouent les abonnés absents.
Interrogé dans sa cellule par Rima Hassan et Carles ou à son arrivée à Beyrouth, Abdallah se présente encore et toujours, à 74 ans et après 40 années de prison, comme un résistant anti-impérialiste, communiste, qui nous met en garde et nous appelle à nous mobiliser contre la « fascisation » du monde.
Et, après le débat, un grand moment d’émotion avec un échange téléphonique « en direct » entre Georges et les invitéEs du Collectif du Cher pour une paix juste et durable entre PalestinienNEs et IsraélienNEs (incluant le comité NPA18) à cette soirée.
Robert Pelletier