Depuis la loi ferroviaire de 2018 et la libéralisation progressive du rail, les syndicats de cheminotEs alertent régulièrement sur les conséquences de la filialisation de la SNCF et de l’ouverture à la concurrence du réseau ferré.
Après une série de suicides parmi le personnel depuis le début de l’année, les quatre organisations représentatives de la SNCF — CGT Cheminots, UNSA Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT Cheminots — ont déposé ensemble un préavis de grève pour le mercredi 10 juin, en décrétant « l’état d’urgence face à la multiplication des drames » engendrés par les réorganisations, la filialisation et les transferts internes.
Dans ce contexte, le rapport d’une commission sénatoriale, même s’il ne concerne pas directement les statuts, salaires et conditions de travail des cheminotEs, soulève des questions sur les conditions de l’ouverture à la concurrence ferroviaire.
Les ratés de la concurrence
Le 20 mai, Marie-Claire Carrère-Gée (LR) et Hervé Maurey (Union Centriste) ont présenté le rapport et ses principales conclusions concernant l’impact de la concurrence ferroviaire sur les finances publiques.
Rédigé par des membres de la droite sénatoriale, le rapport est particulièrement sévère sur l’impréparation des pouvoirs publics qui ont mis en place cette transformation en profondeur du système ferroviaire français. S’il aborde surtout les conséquences financières, il apporte de l’eau au moulin des organisations syndicales qui y voient la confirmation des critiques qu’elles portent depuis des années (désorganisation du service public, éclatement des métiers, pressions sociales).
Des conséquences contraires à l’intérêt public
Même si les économies sont visibles sur certains appels d’offres, de nouveaux coûts, qui les annulent, ont émergé. Pour les TER, les régions doivent désormais assumer des dépenses techniques, juridiques et de gestion (recrutement de spécialistes, recours à des prestataires) pour piloter les appels d’offres et les contrats. Elles doivent investir dans de nouveaux sites de maintenance pour chaque lot TER attribué. Ces coûts cachés pèsent sur les budgets régionaux et ne sont pas compensés par les gains de concurrence.
La « balkanisation » du réseau entre plusieurs entreprises nuit à sa cohérence globale et aux politiques d’aménagement du territoire : la concurrence pourrait fragiliser le mécanisme de financement des dessertes assuré par les bénéfices des lignes rentables. Ces dessertes risquent de mourir à petit feu, pénalisant les usagerEs qui trinquent déjà : la distribution des billets est éclatée, les règles d’indemnisation des passagers varient selon les réseaux, la concurrence fait même peser un risque sur la continuité de lignes TER interrégionales.
Même la construction des rames de train est impactée. Chaque région souhaitant son propre train, le marché du matériel roulant s’en trouverait durablement fragilisé. Les coûts majorés pour les finances publiques, les délais de livraison allongés, font peser un risque sur la continuité du service.
Le 10 juin, un moment de bascule ?
Les revendications syndicales portent sur les salaires, érodés par l’inflation, la souffrance au travail dans un climat professionnel anxiogène, les restructurations et la filialisation de la SNCF qui créent un climat d’insécurité et d’incertitude professionnelles permanent.
La transformation d’un service public en un système concurrentiel d’opérateurs privés entraîne un morcellement des statuts, une pression sur les salaires et l’organisation du travail. Cela devait se faire dans l’intérêt du public et des finances publiques, le rapport rendu au Sénat prouve que ce n’est pas le cas. Les cheminotEs en sont les témoins et les victimes.
Le NPA-l’Anticapitaliste soutient leur mobilisation unitaire le 10 juin, et se bat pour socialiser les entreprises de transport ferroviaire, garantir les statuts, les salaires et les conditions de travail des cheminotEs.