Publié le Mercredi 10 juin 2026 à 14h00.

Il n’y a jamais de trêve avec Israël

Près de deux ans après le cessez-le-feu de novembre 2024, Israël continue de bombarder le Liban et d’en violer le territoire. Les nouvelles négociations engagées avec Beyrouth visent moins à mettre fin aux hostilités qu’à imposer un accord dans lequel l’État libanais renoncerait à sa souveraineté en échange d’un illusoire monopole de la force.

 

À l’heure où nous écrivons cet article, l’État israélien a relancé ses bombardements contre l’Iran tout en poursuivant son offensive au Liban. En retour, Israël subit lui aussi des attaques. Les autorités israéliennes en font un prétexte pour fermer à nouveau le corridor humanitaire vers Gaza, plongeant l’enclave dans des conditions toujours plus inhumaines.

 

Le cessez-le-feu, une tactique de guerre israélienne

Ces frappes et la riposte iranienne s’inscrivent dans une séquence où les États-Unis cherchent à sortir de l’impasse d’une guerre qu’ils savent ne pas pouvoir gagner. Comme nous l’avions indiqué dans de précédents articles, ils ne sont pas parvenus à imposer un changement de direction en Iran et se sont retrouvés acculés par la pression exercée sur le détroit d’Ormuz. Washington cherche désormais à sortir la tête haute de cette situation.

Mais l’État iranien a lié tout accord à la situation au Liban. Or, le gouvernement israélien n’a jamais eu l’intention de mettre un terme à son offensive au Liban. Sans jamais avoir respecté l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, qu’il a bafoué à des milliers de reprises, Israël profite de son impunité pour poursuivre les assassinats et les destructions ­d’infrastructures au Liban.

Jusqu’aux attaques iraniennes du 8 juin, Israël négociait parallèlement un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement libanais. Mais l’expérience montre que les cessez-le-feu demandés par l’État israélien servent avant tout à sortir d’une impasse ou à se réarmer. Il est cependant évident qu’Israël ne recherche pas réellement un cessez-le-feu. Son objectif est d’utiliser une nouvelle fois l’État libanais en le poussant à une confrontation avec le Hezbollah.

 

Sous la menace, un accord à sens unique

Le gouvernement libanais a signé un document qui conditionne le cessez-le-feu non pas au retrait de l’armée coloniale de son territoire, mais à l’expulsion de ses propres citoyenNEs de leurs terres, à la cessation des hostilités par le Hezbollah et à son retrait du sud du pays. Fait révélateur, Israël n’est même pas mentionné dans les obligations prévues par le texte. L’accord n’est ainsi subordonné ni à la fin des attaques israéliennes, ni au retrait des troupes d’occupation, ni à la libération des prisonniers, ni au retour des personnes déplacées.

En échange du désarmement du Hezbollah et de la remise officielle du contrôle des armes à l’État libanais, celui-ci accepte qu’Israël puisse continuer à bombarder, à occuper et à dicter les conditions de sécurité. L’État libanais abandonne ainsi sa souveraineté au profit d’une puissance occupante en échange d’un illusoire contrôle exclusif des armes et de la force sur sa propre population.

Une partie de la classe dirigeante libanaise soutient ce cessez-le-feu. Mais il ne faut pas oublier qu’Israël a montré qu’il était prêt à frapper massivement l’ensemble du territoire libanais pour tenter de briser le soutien au Hezbollah. L’État libanais signe donc sous la menace mortelle d’un voisin qui n’hésite pas à faire peser sur les populations civiles le coût de ses exigences politiques.

 

Les conditions pour une solution libanaise

Le Hezbollah rejette donc cet accord, estimant qu’il ne comporte aucune contrainte réelle pour Israël, que celui-ci ne respecte de toute façon jamais les cessez-le-feu qu’il signe et qu’aucune négociation ne peut avoir lieu sous la menace permanente de massacres de masse. Cette position s’appuie également sur un rapport de forces militaire qui demeure plus incertain qu’Israël ne le prétend. Grâce à l’utilisation de drones peu coûteux et à diverses adaptations tactiques, le Hezbollah parvient à mettre en difficulté les troupes israéliennes au sol. Cette situation explique sans doute en partie l’intérêt israélien pour un nouvel accord de cessez-le-feu.

Les faits montrent pourtant qu’Israël ne recherche ni la paix ni la stabilité. Son objectif demeure de contrôler toujours plus de territoires et d’être la seule puissance dominante de la région pour pouvoir les conserver. Pour avancer vers un règlement de la situation au Liban, il faut commencer par le retrait des troupes israéliennes, la fin des destructions et des violations de l’espace aérien libanais ainsi que l’arrêt des assassinats ciblés. C’est seulement à ces conditions que des discussions internes au Liban pourront se tenir.