Publié le Samedi 4 juillet 2026 à 09h00.

Le Zimbabwe dans une zone de turbulence

La volonté du président de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir divise profondément l’élite dirigeante et offre à l’opposition l’occasion de se reconstruire en proposant une alternative.

 

Le Zimbabwe, pays d’Afrique australe, est en agitation en raison du projet de loi Constitution Amendment Bill No. 3, connu sous l’acronyme CAB3, porté par le président Emmerson Mnangagwa.

 

Le CAB3

Cette réforme prévoit deux modifications majeures. La première consiste en une extension d’un an du mandat présidentiel, ce qui repousserait la fin du mandat de Mnangagwa à 2030. La seconde prévoit que le président ne serait plus élu au suffrage universel, mais par le Parlement.

Un tel mode de désignation favoriserait le clientélisme. Les candidats potentiels n’hésiteraient pas à monnayer les voix des parlementaires afin d’assurer leur élection. En outre, cette modification constitutionnelle pourrait être utilisée pour remettre les compteurs à zéro, ouvrant ainsi la possibilité pour Mnangagwa de briguer un nouveau mandat.

De tels changements devraient normalement faire l’objet d’un référendum, voire de deux distincts : l’un sur la prolongation du mandat présidentiel, l’autre sur le mode d’élection du chef de l’État. La Cour constitutionnelle, largement inféodée au pouvoir, en a décidé autrement. Elle considère qu’une simple majorité parlementaire suffit à adopter ces modifications.

 

Divisions au sein de l’appareil d’État

Ces tentatives de modification entraînent de profondes fractures au sein du parti au pouvoir, la ZANU-PF. Emmerson Mnangagwa est arrivé à la présidence en renversant Robert Mugabe, promettant à la population davantage de démocratie et une amélioration de la situation économique grâce à l’ouverture de négociations avec le Royaume-Uni et les États-Unis afin d’obtenir la levée des sanctions économiques.

Ces espoirs ont été de courte durée. Les libertés démocratiques ont continué à être malmenées. Il est vrai qu’il était difficile d’attendre autre chose d’un homme qui, dans les années 1980, a été le principal responsable des massacres de milliers de personnes dans le Matabeleland. Quant à la situation économique, elle s’est encore dégradée sous l’effet de la corruption et des prédations de l’élite dirigeante.

Plusieurs responsables de la ZANU-PF, dont le vice-président Constantino Chiwenga, artisan du renversement de Mugabe, se sont opposés frontalement à cette réforme. Selon plusieurs sources, un accord, non respecté, prévoyait qu’à l’issue du premier mandat de Mnangagwa le pouvoir serait transféré à Chiwenga.

Face à cette opposition interne, la présidence a écarté plusieurs cadres jugés hostiles, notamment le chef d’état-major des armées, Anselem Sanyatwe, afin de prévenir toute tentative de coup d’État. Parallèlement, elle poursuit la réduction de l’espace démocratique au Zimbabwe.

 

Une opposition en quête de reconstruction

Les organisations de la société civile ne s’y sont pas trompées : cette réforme représente un net recul des libertés publiques. Depuis plusieurs années, le pouvoir n’a cessé de rogner les acquis démocratiques, et le CAB3 accentue cette dérive autoritaire.

Les réunions de l’opposition ont été attaquées par les nervis du pouvoir. Des personnalités, comme Tendai Biti, à la tête du Forum pour la défense de la Constitution, ont été arrêtées.

Le maintien au pouvoir de Mnangagwa provoque de profondes divisions au sein de l’appareil d’État et fait peser un risque d’instabilité sur le pays. La seule issue réside dans la capacité des forces d’opposition, notamment du syndicat ZCTU, qui a joué un rôle majeur dans l’histoire politique du Zimbabwe, à se reconstruire et à proposer une alternative crédible.