Le 5 mars dernier, des élections législatives anticipées se sont tenues au Népal, à la suite du renversement du gouvernement lors des mobilisations monstres de septembre 2025. Après l’avoir été dans la rue, le rejet de l’ancien pouvoir a été confirmé dans les urnes, avec éclat.
Le parlement est composé de deux chambres : l’Assemblée nationale et la Chambre des représentants, celle qui vient d’être renouvelée, où 275 députéEs sont éluEs pour un mandat de cinq ans, par scrutins uninominaux à un tour dans 165 circonscriptions locales, et 110 sièges sont pourvus à l’échelle nationale à la proportionnelle (seuil électoral de 3 %).
Un bouleversement électoral
Le grand gagnant des élections est le Rastriya Swatantra Party (RSP, Parti national indépendant, centriste). Il a été assez profondément remodelé. Balendra Shah (34 ans), devenu maire de Katmandou, la capitale, en 2022, dans la foulée des mobilisations populaires, l’a intégré en tant que candidat au poste de Premier ministre. Les résultats définitifs des élections ne sont pas encore confirmés, mais le RSP aurait recueilli 44 % des voix et emporté 182 sièges.
Les grands perdants du scrutin sont les partis communistes qui se sont succédé au pouvoir, avec le Parti du Congrès, depuis la fin de la lutte armée, en 2006. Ils se sont laissé coopter et corrompre, jusqu’à bloquer sine die le processus de normalisation démocratique du régime au profit du clientélisme. La personnalité la plus connue de ces mouvements est K. P. Oli. Il avait été triomphalement élu en 2022. Il est aujourd’hui sèchement battu dans sa circonscription. Son parti n’emporte que 13 % des voix (25 sièges). Le PC népalais obtient, lui, 7 % et 9 sièges.
Balendra Shah (Balen) deviendra, sauf gros imprévu, Premier ministre. Il fut un rappeur très populaire parmi la jeunesse et les milieux défavorisés. Novice en politique, il a percé lors de sa conquête surprise de la mairie de Katmandou, où il s’est présenté en candidat indépendant. Il a une formation universitaire en génie civil. Son bilan à la tête de la capitale ne fait pas l’unanimité à gauche, mais il a soutenu, en 2025, la Gen-Z et a appelé à la dissolution du Parlement.
Une situation politique instable
80 partis se sont présentés aux législatives, qui ont eu un taux de participation de 60 % (18,9 millions de votantEs). La situation institutionnelle s’avère aujourd’hui très complexe. Le Parlement (la Chambre des ReprésentantEs) est renouvelé, mais il n’en va pas de même de l’Assemblée nationale et des assemblées provinciales, si bien que le Président et les chefs de province restent en place. On est entré, en ce domaine, dans une période de transition jusqu’aux prochaines élections générales.
Dans l’ensemble, la situation est particulièrement instable. Les formations politiques sont traversées par des conflits de générations. Le processus de constitution de nouvelles organisations (réellement) de gauche n’est probablement qu’embryonnaire. Balendra Shah promet d’importantes mesures sociales et une réforme institutionnelle, mais il fait aussi preuve d’un nationalisme affirmé dans un pays qui a besoin de fédéralisme.
Ce petit État himalayen est sous les pressions croisées de grandes puissances concurrentes. Pékin, New Delhi et Washington ont toutes félicité le nouveau Premier ministre pour son élection, mais n’en pensent pas moins au profit qu’elles peuvent tirer de l’instabilité actuelle. Les élections législatives constituent un tournant majeur, mais qui ne fait qu’ouvrir un nouveau chapitre d’une histoire indécise.
Pierre Rousset