Publié le Mardi 8 septembre 2026 à 17h23.

Solidarité au-delà des camps idéologiques : en soutien à la lettre ouverte de solidarité avec les prisonnierEs politiques en Iran

Nous, soussignéEs, ancienNEs prisonnierEs politiques iranienNEs, militantEs, écrivainEs, artistes, intellectuelLEs, universitaires, chercheurEs et membres de la société civile vivant en Iran ou en exil, affirmons notre soutien résolu à la lettre ouverte publiée dans The Guardian le 20 août 2026, intitulée « Aux prisonniers politiques d’Iran, pris “entre les deux lames d’une paire de ciseaux” ».

Son principe fondamental est clair : le peuple iranien ne doit pas être contraint de choisir entre l’agression militaire et économique extérieure et la répression d’État. Nous nous associons à son appel à mettre immédiatement fin aux exécutions, à libérer touTEs les prisonnierEs politiques, à mettre fin à la guerre et au châtiment collectif infligé au peuple iranien. Nous saluons l’acte historique accompli par ses signataires pour construire une solidarité avec le peuple iranien en plaçant au premier plan la lutte des prisonnierEs politiques directement soumis à la répression de l’État.

Le recours à la métaphore des « deux lames d’une paire de ciseaux » pour décrire la situation des IranienNEs confrontéEs à la fois à la guerre et à la répression étatique n’implique aucune équivalence morale ou politique entre les deux. Reconnaître et condamner plusieurs formes et plusieurs sources de violence ne signifie ni effacer leurs origines respectives ni confondre leurs intentions. Cette métaphore place au contraire au centre l’expérience vécue de celles et ceux qui se trouvent pris entre des pressions inconciliables.

La logique binaire qui exige une allégeance exclusive soit à la République islamique, soit aux puissances impérialistes est à la fois philosophiquement infondée et éthiquement indigente. La clarté morale ne consiste pas à abolir les distinctions, mais à refuser qu’une forme de domination serve à en justifier une autre. Une véritable solidarité rejette le faux dilemme consistant à devoir choisir entre différentes injustices ; elle exige de s’opposer à tous les systèmes de répression et d’oppression qui prennent les plus vulnérables au piège.

Les signataires de la lettre ont avancé avec force qu’un État peut être à la fois victime d’une agression extérieure et acteur d’une répression intérieure : ces deux réalités doivent être pensées ensemble.

L’histoire de l’Iran est marquée par les interventions étrangères — notamment le bombardement du Parlement iranien avec l’appui de la Russie après la Révolution constitutionnelle de 1908, le coup d’État de 1953 orchestré par la CIA et le MI6, ainsi que, plus récemment, les sanctions et la guerre actuellement menée contre l’Iran par les États-Unis et Israël.

Elle est également marquée par la répression étatique avant comme après la révolution de 1979 : emprisonnement politique, exécutions, port obligatoire du voile comme forme d’apartheid de genre, censure, répression de la société civile et des minorités religieuses, ainsi que l’oppression systémique des Kurdes, des Baloutches, des Arabes et des Turcs d’Iran.

Des années de répression systémique et de persécution des mouvements sociaux, des syndicats et des militantEs à l’intérieur de l’Iran ont rendu extrêmement difficile toute possibilité de changement politique structurel et transformateur depuis l’intérieur du pays.

Reconnaître et condamner cette double réalité est essentiel : les souffrances des prisonnierEs ne sont pas diminuées par la situation dans laquelle se trouve leur geôlier, et leurs droits ne sauraient dépendre des contingences géopolitiques. La justice, la liberté et la démocratie ne peuvent donc être ni repoussées ni sacrifiées au nom de la prétendue « résistance anti-impérialiste » du régime face aux forces extérieures.

À celles et ceux qui considèrent que la République islamique est la seule force de la région à soutenir la cause palestinienne, nous voulons rappeler ceci : bien avant la République islamique, la gauche iranienne jouait déjà un rôle central dans la construction de réseaux de solidarité avec les PalestinienNEs progressistes, dans le cadre d’un héritage enraciné dans la lutte anticoloniale et l’internationalisme, qui n’a pas commencé avec la fondation de la République islamique.

Ce même mouvement de gauche fut l’une des premières victimes de la répression féroce qui suivit la révolution de 1979. Les exécutions massives de prisonnierEs politiques durant l’été 1988 ont été documentées par de nombreux anciens prisonniers politiques iraniens, chercheurEs et organisations de défense des droits humains et constituent un crime contre l’humanité.

Nous rejetons l’instrumentalisation des souffrances iraniennes, qu’elle serve à justifier une intervention militaire étrangère ou à légitimer la répression intérieure. La vie des IranienNEs ne doit devenir un instrument de propagande pour aucun camp idéologique.

Les lois internes d’un État souverain qui conduisent à criminaliser la protestation et la dissidence, à obtenir des aveux sous la contrainte, à organiser des simulacres de procès et à procéder à l’exécution sommaire de prisonnierEs sans preuves ne témoignent pas de la légitimité de ces lois, mais de leur injustice, et doivent être combattues.

Une « résistance » qui ferme les yeux sur le combat des prisonnierEs politiques ne mérite pas ce nom.

Nous sommes solidaires de toutes celles et ceux qui résistent à la domination, à l’oppression et aux guerres impérialistes.

En solidarité,

Liste des signataires, par ordre alphabétique

Frieda Afary, écrivaine, traductrice, bibliothécaire, Los Angeles, Californie, États-Unis

Janet Afary, professeure d’histoire, Université de Californie à Santa Barbara, États-Unis

Mona Afary, directrice clinique au Center for Empowering Refugees and Immigrants, États-Unis

Amir Ahmadi Arian, écrivain, professeur de création littéraire à l’Université de Binghamton, États-Unis/Iran

Hamid Akbari, professeur émérite de management, titulaire de la chaire Audrey Reynolds, Université de Chicago, Illinois, États-Unis

Hossein Akbari, ancien prisonnier politique, écrivain, chercheur sur le mouvement syndical, Iran

Reza Akrami, ancien prisonnier politique, militant politique, France

Kazem Alamdari, professeur émérite de sociologie, California State University, États-Unis

Aida Amidi, ancienne prisonnière politique, poète, Iran

Batoul Arasteh, militante des droits humains, France

Shahrzad Arshadi, cinéaste, dramaturge, Canada

Maryam Ashrafi, photographe, militante sociale, France

Touraj Atabaki, professeur émérite d’histoire sociale du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, Université de Leyde, Pays-Bas

Sanaz Azimipour, militante pour les droits de genre et écrivaine, Allemagne

Pouyesh Azizeddin, chercheur sur les technologies et les droits humains, Slovénie

Ali Banuazizi, professeur de science politique, Université de Boston, États-Unis

Monireh Baradaran, ancienne prisonnière politique, militante des droits humains, écrivaine, Allemagne

Nora Bayani, militante pour les droits des femmes, États-Unis

Mansoureh Behkish, militante féministe de gauche, ancienne prisonnière politique, membre des Familles de Khavaran, Allemagne

Alireza Behnam, poète, traducteur, journaliste, Iran

Alireza Behtoui, professeur de sociologie, Université de Södertörn, Suède

Atena Daemi, ancienne prisonnière politique, militante des droits humains, Canada

Mehrdad Darvishpour, sociologue, professeur associé et maître de conférences en travail social à l’Université de Mälardalen, Suède

Armen Davoudian, poète, traducteur, Université Stanford, États-Unis

Amin Feizpour, fondateur et directeur d’« Iran Circle », États-Unis

Parastou Forouhar, artiste, militante sociale, Allemagne

Halleh Ghorashi, professeure de sciences sociales, Vrije Universiteit, Pays-Bas

Barbad Golshiri, artiste, militant social, France

Mohammad Habibi, porte-parole du Conseil des associations professionnelles des enseignantEs d’Iran, Iran

Hadi Hiyali, ancien prisonnier politique, écrivain, Iran

Ali Hojat, ancien prisonnier politique, graphiste retraité, États-Unis

Homa Hoodfar, militante pour les droits des femmes, professeure émérite d’études féminines, Université Concordia, Canada

Asghar Izadi, ancien prisonnier politique, militant politique, Allemagne

Guissou Jahangiri, ancienne secrétaire générale de la Fédération internationale pour les droits humains, défenseuse des droits des femmes et militante des droits humains, France

Pouria Jahanshad, chercheur en sciences sociales, Iran

Milad Jannat, ancien prisonnier politique, poète, traducteur, Iran

Aso Javaheri, militante féministe, doctorante à l’Université Simon Fraser, Canada

Mihan Jazani, militante politique, France

Fatan Jokar, ancienne prisonnière politique, militante des droits humains, Finlande

Mehrangiz Kar, avocate, militante pour les droits des femmes, États-Unis

Kazem Kardavani, militant social, chercheur en sciences sociales, Allemagne

Golshid Karimian, écrivaine, chercheuse, Iran

Sara Karmanian, chercheuse associée en science politique, Université du Sussex, Angleterre

Nasser Khandabi, ancien prisonnier politique, Canada

Reza Khandan, ancien prisonnier politique, écrivain, Iran

Mina Khanlarzadeh, professeure d’histoire, Deep Springs College, États-Unis

Nasim Khaksar, ancien prisonnier politique, romancier et écrivain, Pays-Bas

Azam Khatam, militante pour les droits des femmes, rédactrice en chef de la Global Iranian Studies Review, Université de Toronto, Canada

Azar Khounani, spécialiste de l’éducation de la petite enfance, États-Unis

Azadeh Kian, professeure de sociologie et directrice du Centre d’études de genre et féministes de l’Université Paris 7, France

Amir Kianpour, écrivain et chercheur, Paris, France

Farhad Khosrokhavar, professeur de sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)-CADIS, France

Saeed Madani, ancien prisonnier politique, sociologue, Iran

Ali Akbar Mahdi, professeur de sociologie, Ohio Wesleyan University, États-Unis

Chowra Makaremi, chercheuse en anthropologie au CNRS, France

Zaman Massoudi, militant politique, Allemagne

Mahnaz Matin, médecin, chercheuse et militante pour les droits des femmes, France

Kamran Matin, professeur de relations internationales, Université du Sussex, Angleterre

Farzaneh Milani, professeure émérite d’études de genre, Université de Virginie, États-Unis

Rezvan Moghadam, ancienne prisonnière politique, militante pour les droits des femmes, membre des Familles de Khavaran, Allemagne

Haideh Moghissi, professeure émérite d’études féminines, Université York, Canada

Nasser Mohajer, défenseur des droits des prisonnierEs politiques, chercheur en histoire de l’Iran moderne, France

Shahrzad Mojab, militante féministe, professeure émérite d’études féminines, Université de Toronto, Canada

Saeed Molaei, ancien prisonnier politique, militant social, Iran

Esha Momeni, ancienne prisonnière politique, chargée de cours en études de genre, Université de Californie à Los Angeles, États-Unis

Shaghayegh Moradi, ancienne prisonnière politique, militante des droits humains, Iran

Manijeh Moradian, militante féministe, professeure d’études féminines au Barnard College, New York, États-Unis

Ghazaleh Motamed, créatrice de costumes de plateau, militante féministe du mouvement #MeToo, France

Negar Mottahedeh, professeure de littérature comparée, Université Duke, États-Unis

Hafez Mousavi, poète, écrivain, Iran

Nima Naghibi, professeure d’études anglaises, Toronto Metropolitan University, Canada

Shiva Nazar Ahari, ancienne prisonnière politique, membre fondatrice du conseil d’administration et porte-parole du Comité des rapporteurs des droits humains, Slovénie

Mohammad Reza Nikfar, philosophe, Allemagne

Farhad Nomani, professeur émérite d’économie, Université américaine de Paris, France

Kambiz Norouzizadeh, ancien prisonnier politique, militant des droits humains, Iran

Nader Ossareh, ancien prisonnier politique, essayiste politique, France

Saeed Paivandi, sociologue, directeur du centre de recherche LISEC, Université de Lorraine, France

Pouya Pour-Amin, ancien prisonnier politique, compositeur, designer sonore, Norvège

Nazanin Pouyandeh, peintre, France

Anahita Rahmani, ancienne prisonnière politique, Canada

Saeed Rahnema, professeur émérite de science politique, Université York, Canada

Hossein Razzagh, ancien prisonnier politique, militant politique, Allemagne

Abdollah Rezaei, ancien prisonnier politique, militant syndical enseignant, Iran

Mona Roshan, ancienne prisonnière politique, Canada

Somayeh Rostampour, chercheuse en sciences sociales, militante féministe kurde, France

Mihan Rousta, défenseuse des droits des prisonnierEs politiques, membre d’une famille dont certains membres ont été exécutés dans les années 1980, Allemagne

Ali Sabouri, ancien prisonnier politique, poète, Iran

Khosrow Sadeghi Boroujeni, écrivain, journaliste, Iran

Shadi Sadr, ancienne prisonnière politique, avocate internationale spécialisée dans les droits humains

Shokoufeh Sakhi, ancienne prisonnière politique, chargée de cours en études de genre à l’Université de Toronto, Canada

Hossein Sarbandi, ancien prisonnier politique, militant politique, Iran

Parisa Sardashti, écrivaine, militante féministe, France

Nastaran Saremy, militante féministe et écologiste, doctorante à l’Université Simon Fraser, Canada

Faraj Sarkohi, ancien prisonnier politique, journaliste, Allemagne

Khashayar Sefidi, ancien prisonnier politique, militant du mouvement étudiant, Iran

Asad Seif, écrivain, chercheur, Allemagne

Siyavash Shahabi, journaliste, militant social, Grèce

Fatemeh Shams, poète, militante féministe, professeure de littérature à l’Université de Pennsylvanie, États-Unis

Mansoureh Shojaee, ancienne prisonnière politique, écrivaine, militante pour les droits des femmes, Pays-Bas

Roozbeh Sohani, ancien prisonnier politique, poète, Iran

Nasim Soltanbeygi, journaliste, Iran

Amir Soltani, écrivain, militant social, défenseur des prisonnierEs politiques, États-Unis

Nahid Taghavi, ancienne prisonnière politique, militante pour les droits des femmes, Allemagne

Jinoos Taghizadeh, militante, artiste plasticienne, Canada

Mona Tajali, militante pour les droits des femmes, chercheuse en études féminines à l’Université Stanford, États-Unis

Manijeh Tam, militante culturelle, France

Taghi Tam, ancien prisonnier politique, retraité, France

Nayereh Tohidi, militante pour les droits des femmes, professeure émérite d’études féminines à la California State University, États-Unis

Mehrdad Vahabi, professeur d’économie à l’Université Sorbonne Paris Nord, chercheur à l’Université Paris-Dauphine, France

Saeed Yousef, ancien prisonnier politique, poète, Allemagne

Shirin Zakeri, chercheuse, professeure associée d’études iraniennes à l’Université Sapienza de Rome, Italie

Sara Zarei, poète, critique, militante pour les droits des travailleurs et travailleuses, Iran

 

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