Publié le Mercredi 9 septembre 2026 à 17h00.

RDC : tripatouillage constitutionnel

L’opposition appelle à une grande manifestation le 15 septembre contre un troisième mandat de Tshisekedi, qui riposte par un dialogue national taillé sur mesure.

 

Officiellement, le second et dernier mandat de Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC), se termine à la fin de l’année 2028. Mais ce dernier, dans plusieurs de ses déclarations, s’est dit prêt à briguer un troisième mandat si « le peuple le désire ».

Les grandes manœuvres présidentielles

À cette fin, la majorité présidentielle a présenté une loi référendaire permettant de modifier la Constitution et validée par la Cour ­constitutionnelle le 30 juillet.

Un changement de la loi fondamentale permettrait donc à Tshisekedi de remettre les compteurs à zéro et de se présenter pour un nouveau mandat. Un tour de passe-passe classique dont de nombreux potentats ont usé.

Cette offensive du pouvoir se déroule alors que l’épidémie d’Ebola est hors de contrôle et que la milice M23/AFC (Alliance Fleuve Congo), soutenue par le Rwanda, occupe militairement une grande partie de l’est du pays. Les caciques du pouvoir utilisent cette situation pour imposer l’idée que toutes les personnes critiquant le gouvernement seraient à la solde du Rwanda.

L’opposition s’est constituée en un front contre le troisième mandat, appelé Coalition 64 (C64) en référence à l’article 64 de la Constitution, qui stipule : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. »

Cette coalition a exigé l’instauration d’un dialogue national permettant de traiter les problèmes sociaux, économiques et sécuritaires auxquels est confrontée la RDC.

Diviser l’opposition et gagner du temps

Refusée catégoriquement par Tshisekedi dans un premier temps, en dépit de la pression de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui représente un poids non négligeable dans la société, cette proposition a finalement été acceptée par le président, mais à ses conditions. Il a fixé plusieurs lignes rouges : la non-participation des soutiens au M23/AFC — il vise notamment l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, condamné à mort pour trahison ; la non-remise en cause du vote des Congolais, une façon de s’assurer que son pouvoir ne sera pas contesté.

Il a également défini les modalités du dialogue, qui se déroulera d’abord par région, avant d’être centralisé à l’échelle nationale, à Kinshasa, la capitale.

Si la CENCO semble s’accommoder de ces modalités, l’opposition dénonce l’oukase contre le M23/AFC qui, s’il est effectivement soutenu par le Rwanda, n’en est pas moins révélateur de problèmes bien réels concernant l’attribution des terres et le contrôle des richesses minières.

En l’absence de calendrier, la Coalition 64 soupçonne Tshisekedi de jouer la montre afin d’établir, à la fin de son mandat, un gouvernement de transition en profitant du caractère hétérogène et vénal de l’opposition pour en intégrer une partie.

Déjà, lors des dernières élections présidentielles et législatives, Tshisekedi avait réussi à débaucher nombre d’opposantEs, ce qui lui avait permis de bénéficier d’une confortable majorité au Parlement, en utilisant les mêmes méthodes que Joseph Kabila. Ce dernier était resté au pouvoir deux ans après la fin officielle de son mandat, en nommant Samy Badibanga et Bruno Tshibala comme Premiers ministres issus de l’opposition.

Au-delà de la lutte pour les droits démocratiques, l’absence d’une force sociale et/ou politique attachée aux intérêts de la population risque de faire perdurer encore longtemps le pouvoir de ces responsables politiques véreux.