Publié le Mercredi 11 février 2026 à 09h00.

Le garde-champêtre et le fascisme qui vient

L Histoire connaît parfois de curieux mouvements de balancier.

Le 23 avril 1941 un décret-loi du régime de Vichy fait fusionner et passer sous le contrôle de l’État les polices municipales. Cette police désormais nationale va organiser les arrestations massives de JuifEs, la rafle du Vel d’hiv et la chasse aux résistantEs.

Mais les politiques libérales détricotent les pouvoirs régaliens de l’État bourgeois, jusqu’à la gestion de l’ordre public. Pour faire des économies comptables, les gouvernements ont remis en selle la police municipale. 

Fini le garde-champêtre à l’ancienne, place aux municipaux surarmés, entre les mains d’élus de droite comme de gauche — comme à Saint-Denis, où les flics du maire socialiste Hanotin multiplient les contrôles abusifs, le harcèlement et les violences contre les habitantEs des quartiers populaires.

En 2023, 3 800 collectivités locales employaient plus de 28 000 flics municipaux, soit une hausse de 45 % en dix ans. Un chiffre tout sauf négligeable si on le compare aux 150 000 fonctionnaires de la Police nationale et aux 100 000 militaires de la Gendarmerie.

Un projet de loi en discussion au Sénat vise à renforcer cette sous-traitance à la police municipale par la création de Services de police municipale à compétence judiciaire élargie (SPMCJE). 

Derrière ce jargon, il s’agit de permettre aux flics municipaux de constater un nombre plus important de délits qui ne nécessitent pas d’acte d’enquête, et d’établir des amendes forfaitaires délictuelles.

La liste des délits visés (tags, stationnement illicite, usage illicite de stupéfiants, occupation illicite de hall d’immeubles, etc.) indique clairement que cette loi ne ferait que renforcer le harcèlement raciste dont sont victimes de nombreux hommes jeunes racisés. Ceux-là même qui cumulent parfois déjà des milliers d’euros pour des amendes forfaitaires à répétition distribuées arbitrairement.

Le fascisme peut donc venir, même le garde-champêtre est fin prêt ! À nous, par nos mobilisations, de déjouer la catastrophe imminente.