Le pouvoir multiplie les procédures de dissolution. De Lyon à Paris, l’antifascisme est visé — précisément parce qu’il constitue un point d’appui central des mobilisations. Abandonner les militantEs antifascistes reviendrait pour la gauche à désarmer ses propres luttes et à renoncer à elle-même.
En 2021, la loi Séparatisme est venue renforcer les possibilités de dissolution prévues par le Code de la sécurité intérieure, notamment en visant les groupes « provoquant des agissements violents à l’encontre des personnes et des biens ».
Diaboliser et dissoudre l’antifascisme
Le premier groupe antifasciste dissous pour ce motif en mars 2022 a été le groupe antifasciste lyonnais, GALE, créé en 2013 suite à la mort de Clément Méric.
En juin 2023, le gouvernement tente de dissoudre les Soulèvements de la Terre. Si cette décision suscite une forte mobilisation, la GALE, dissoute la même année, n’en bénéficie pas et sa dissolution est confirmée en novembre 2023. Depuis juin 2025, la Jeune Garde est à son tour visée, en même temps qu’Urgence Palestine.
Pourtant, un an auparavant, la gauche rassemblée dans le Nouveau Front populaire affichait le soutien de la Jeune Garde pour les législatives. Cela avait permis à Raphaël Arnault, co-fondateur de la Jeune Garde, d’être élu député à Avignon. Mais la mort du militant néonazi Quentin Deranque a donné une nouvelle occasion de diaboliser l’antifascisme, d’attaquer LFI et de réclamer la démission du député Raphaël Arnault.
Son élection avait prouvé que l’antifascisme et l’antiracisme pouvaient freiner la montée de l’extrême droite et permettaient même de gagner contre elle. En effet, sa campagne menée sur des bases antifascistes claires avait permis à Raphaël Arnault de rafler la place du député RN sortant.
La force de l’antifascisme
Alors que les discours racistes se banalisent dans les médias, que les lois discriminatoires et liberticides s’accumulent, que les attaques sociales s’amplifient et que la répression se durcit, il serait suicidaire pour la gauche de tourner le dos à cette stratégie gagnante de l’antifascisme.
Car ce n’est pas qu’une ligne politique, c’est surtout une lutte de terrain qui permet la mise en mouvement de larges pans de la société et de notre camp social. L’antifascisme a été le dénominateur commun de toutes les organisations du Nouveau Front populaire et c’est cette unité sous bannière antifasciste qui a permis au NFP d’arriver en tête au second tour des législatives.
C’est justement parce que l’antifascisme peut faire gagner la gauche qu’il est aujourd’hui autant criminalisé. Cet acharnement n’est donc pas un hasard, il permet d’affaiblir les résistances et d’attaquer celles et ceux qui portent des projets d’émancipation. C’est cette même dynamique d’acharnement qui est à l’œuvre contre les maires noirs nouvellement élus, contre Rima Hassan et les voix qui soutiennent la Palestine ou contre Sophie Binet et le mouvement syndical.
Soutenir les militantEs antifascistes et antiracistes
Le rassemblement réussi du samedi 4 avril à Saint-Denis, contre le racisme et en soutien au maire Bally Bagayoko, prouve que l’antifascisme et les combats qu’il porte sont bien vivants. Une fois encore, c’est la mobilisation des forces politiques, syndicales et associatives autour d’une initiative portée à la base par des collectifs locaux et les habitantEs de Saint-Denis qui a permis la réussite de cette journée (lire page 6).
Cette mobilisation doit s’amplifier, car aujourd’hui, c’est au tour du collectif antiraciste Génération EDR d’être menacé par une dissolution. Face à la répression, les militantEs antifascistes et antiracistes doivent être soutenuEs avec la même détermination.
Au-delà des organisations antifascistes, c’est tout le mouvement social qui est attaqué. Si la gauche veut voir ses idées gagner, elle ne pourra pas faire l’économie de l’antifascisme.
Lorsqu’elle cède sur ce terrain, elle se divise et s’affaiblit, elle se prive de ses moyens de défense : clarté, unité et radicalité.
Commission locale antifasciste et Commission antiraciste de la région parisienne