La complémentaire santé obligatoire, présentée comme un progrès, s’inscrit en réalité dans une logique de privatisation qui fragilise la solidarité et renforce les inégalités.
Les agentEs de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche ont été les dernierEs personnels de la fonction publique d’État à accéder à la protection sociale complémentaire (PSC), le 1er mai 2026. Comme les salariéEs du secteur privé depuis 2016, ils et elles bénéficient désormais d’une assurance santé complémentaire obligatoire, financée pour moitié par leur employeur (l’État).
Un stratégie de privatisation définie par l’UE
Le passage d’une assurance complémentaire individuelle à un contrat collectif ne marque pas pour autant une avancée vers plus de solidarité. Il s’inscrit au contraire dans la stratégie de privatisation de la protection sociale définie par l’Union européenne. Celle-ci repose sur un système dit « à trois piliers ». Pour la santé, l’objectif est de ramener le « pilier » des assurances santé publiques (en France la Sécurité sociale) à une couverture minimum « de base ». Pour accéder réellement aux soins, l’UE préconise, en complément, le développement de deux autres « piliers » : les assurances collectives d’entreprise, et les assurances « surcomplémentaires » individuelles. Les unes et les autres sont confiées à des assureurs privés.
La PSC a été, dans certains ministères, attribuée à des entreprises commerciales parfois douteuses, comme la start-up Alan. Ailleurs, la gestion est confiée à des mutuelles « historiques » de la fonction publique. Pour se conformer aux exigences européennes, celles-ci avaient dû se convertir au préalable aux règles des établissements commerciaux, même si elles n’ont pas directement d’actionnaires. C’est le cas de la MGEN dans l’Éducation nationale.
Les négociations avec les syndicats de la fonction publique sur la PSC ont eu lieu, ministère par ministère, sans aucune mobilisation. Elles ne pouvaient que limiter à court terme les effets négatifs de ce nouveau pas dans la privatisation de la protection sociale.
Un système inégalitaire
L’accord intervenu dans l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la recherche est de ce point de vue éclairant. Considéré comme de « bon niveau » par ses signataires et accepté par une partie significative des salariéEs, il reste insatisfaisant pour certainEs (en particulier les plus faibles revenus) qui exigent à juste titre la possibilité de choisir un autre contrat, plus favorable. La « solidarité intergénérationnelle » n’est pas préservée : les retraitéEs ne bénéficient pas de la participation de l’employeur, réservée aux seulEs « actifEs ». Celle-ci, présentée comme une « mesure de pouvoir d’achat », ne compense ni les pertes de salaires liées au gel du point d’indice (25 % de salaire en moins sur 20 ans) ni les hausses des cotisations mutualistes des dernières années.
L’accord met surtout en place un système « d’options supplémentaires » complétant les insuffisances de la PSC. Ces options, à la charge des patientEs, seront de plus en plus indispensables et coûteuses en raison de la baisse des soins remboursés par la Sécurité sociale, non compensée par la PSC, comme c’est déjà le cas dans le secteur privé.
Seul le 100 % Sécu offre une alternative à cette spirale de soins toujours plus chers et inégalitaires.