Publié le Jeudi 7 mai 2026 à 09h00.

Une mutuelle gérée par la Sécurité sociale, le mirage d’un « 100 % Sécu »

Une pétition « pour la création d’une mutuelle complémentaire gérée par la Sécurité sociale » est proposée sur le site de l’Assemblée nationale. Elle revendique « la gestion unique par la Sécu de l’assurance maladie obligatoire et de l’assurance maladie complémentaire ».

Pour l’un de ses initiateurs, le Pr A. Grimaldi, « La revendication d’une mutuelle complémentaire obligatoire (MCO) cogérée à 100 % avec la Sécu est … une concrétisation possible du slogan “Sécu 100 %” » : un mirage source de confusion dans le combat pour la défense et l’extension de la Sécurité sociale.

Un constat implacable

La pétition dénonce, chiffres à l’appui, la place devenue déterminante des assurances santé complémentaires, leur caractère « moins égalitaire », « moins solidaire », « moins efficace » et plus coûteux en frais de fonctionnement que la Sécurité sociale. Une conclusion semble logiquement découler de ce réquisitoire : l’urgence d’en finir avec les assurances « complémentaires » et l’instauration d’un financement par une assurance maladie unique de tous les soins nécessaires et prescrits.

Tel n’est pourtant pas l’objectif de cette pétition. Elle propose au contraire le maintien d’une protection sociale « à trois étages », la gestion du second étant confiée comme celle du premier à la Sécurité sociale. Celle du troisième irait aux assurances complémentaires actuelles « pour des actes de confort ou n’ayant pas démontré leur efficacité », mais aussi pour les dépassements d’honoraires, passés sous silence alors qu’ils explosent à 4,9 milliards d’euros.

Des réponses incohérentes

Cette proposition surprend par ses incohérences. Censée réduire les frais de fonctionnement du fait des surcoûts d’une double gestion, elle la maintient néanmoins ainsi que les frais inévitables (même réduits) qui en découlent. De même, elle propose une gestion démocratique par les assuréEs de la complémentaire santé (13 % des dépenses), mais ne l’exige pas pour la Sécurité sociale (79 % des dépenses), qui resterait contrôlée par l’État, pratiquant l’austérité budgétaire et une gestion comptable dans le cadre des politiques libérales. Un oubli peu étonnant quand on trouve parmi les signataires un ancien président du Conseil d’orientation des retraites et un ancien directeur général de la Sécu.

Cette pétition ne s’attaque qu’à un aspect important, mais secondaire, de l’augmentation des coûts de santé à la charge des patientEs : la réduction des frais de gestion liés à un marché concurrentiel et à des assurances privées. Elle ignore délibérément l’essentiel : les politiques libérales exonérant les patrons du financement de la protection sociale pour le reporter directement sur les usagerEs ou par le biais d’assurances à leur charge et d’une fiscalité remplaçant les cotisations sociales.

C’est là que se situe la différence fondamentale entre le 100 % Sécu, c’est-à-dire le financement intégral des soins par les cotisations sociales versées par les employeurs, et une mutuelle « gérée par la Sécu », ponctionnant le salaire net et les revenus des classes populaires.